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"Les discothèques doivent se réinventer pour continuer d'exister"

Date : 09/07/2020 | Mise à jour : 10/07/2020 18:28
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L'ouverture des boites de nuit vogue en eau trouble. Certaines pensaient ouvrir ce samedi 11 juillet, mais aucun décret n'est paru au moment ou nous écrivons ce lignes. Une autre date circule plus lointaine et plus probable celle du 21 septembre. Outre cette confusion, les  "boites" ne sont plus ce qu'elles étaient il y a vingt ans.

Est-ce que le champagne peut être sabré par les patrons de toutes les discothèques de l'Hexagone ? Vraiment pas sûr. "Aujourd'hui, nous pouvons techniquement ouvrir ce samedi 11 juillet et sans aucun protocole sanitaire, explique Jonathan Houriez, patron des Cimes à Raucoules.
Une affirmation qu'il convient de nuancer fortement, car uniquement les discothèques disposant d'une autre licence, comme les licences correspondantes aux bars et aux restaurants, peuvent ouvrir et uniquement pour ces activités là, avec une fermeture comme tous les bars à 1h30, et sans piste de dance.

Le syndicat de l'UMIH Nuit France (Union des Métiers et des Industries de l'Hôtellerie) devait participer à une réunion mercredi 8 juillet avec le Ministre des solidarités et de la santé, Olivier Véran. "Elle a été purement annulée par le Gouvernement, se désole Jonathan Houriez. Nous devions présenter notre protocole sanitaire remanié afin qu'il soit possible de le mettre en place dans une discothèque".
Mais aujourd'hui, tous les patrons se retrouvent dans une situation de profond imbroglio. "Olivier Véran a clairement dit mercredi 8 juillet à l'Assemblée nationale que les boites ne devraient pas ouvrir en l'état. Pour l'instant, nous sommes dans la confusion totale car aucune directive officielle n'a été adoptée"

Des mesures sanitaires impossibles à imposer

Durant cette fameuse entrevue avec le Gouvernement, l'UMIH Nuit avait prévu de dénoncer le protocole sanitaire décidé par le Gouvernement. "Les mesures sanitaires qui nous étaient prescrites sont tout simplement hors de portée pour les appliquer dans une discothèque, partage Jonathan Houriez. Pour n'en citer que quelques unes, il fallait par exemple condamner en grande partie la piste de danse en y disposant des tables et des chaises au milieu afin d'éviter des attroupements. Les danseurs ne devaient pas être un groupe de plus de 10 personnes et se devaient d'être à plus d'une mètre des gens assis. Il fallait aussi effectuer une prise de température obligatoire pour tous les clients entrant dans l'enceinte de la boite." Autres directives inapplicables dans une telle ambiance normalement festive : seuls les clients dotés d’un masque étaient autorisés à se déplacer ou rester debout dans l’établissement. Ou encore : toutes les commandes devaient être assurées via des fiches à compléter et déposées au bar.

"On peut dire que nous avons la carte officielle des chats noirs"

Les Cimes est l'une des discothèques les plus importantes de Haute-Loire, autant de par sa capacité d'accueil 1 000 clients environ, que par son acienneté. "Cette boite existe depuis 1973, soit presque un demi-siècle, explique Jonathan Houriez. C'est l'une des plus grosses et connues de la Haute-Loire. Elle contient deux salles avec un espace dédié à de la musique généraliste et un second pour une ambiance plus électronique. Nous sommes contents de pouvoir continuer l'aventure mais il est clair que nous avons acheté au mauvais moment." Jonathan Houriez et son collaborateur ont acquis les Cimes au mois de janvier… 2020. "On peut dire que nous avons la carte officielle des chats noirs !, se désole-t-il. Au bout de deux mois et demi, nous avons dû fermer les portes pour respecter les mesures de confinement. On a fait une dizaine de soirée au total. Nous avions programmé la venue de gros artistes pour la saison du printemps et le début de l'été. Maintenant, nous devons tout reprendre à zéro".

50 à 60% des clubs en France en grande difficulté

Jonathan Houriez dirige une quinzaine d'employés, actuellement tous au chômage partiel en attendant une autorisation officielle d'ouverture. "Une boite de nuit de cette taille demande beaucoup de personnel, confie-t-il. Nous avons les barmen, la sécurité, le disc jockey, les personnes à l'accueil et tous les conducteurs des bus pour les navettes. Entre ça et toutes les charges d'une discothèque, notamment les assurances qui sont hors de prix, il faut vraiment avoir les reins solides pour ne pas sombrer à cause de cette fermeture forcée et à long terme. Je pense sincèrement que 50 à 60% des clubs en France vont être en situation de faillite cette année. C'est chaotique." Selon lui, les sept établissements encore actifs en Haute-Loire apparaissent bien ancrés dans le territoire et devraient survivre à ce contexte sans précédent.
À l'échelle nationale, le secteur compte environ 6 000 entreprises comptabilisant 100 000 salariés et générant deux milliards d'euros de chiffres d'affaires d'après selon l'UMIH Nuit France.

Un indice de récession ?

Le prix d'entrée dans une discothèque était d'environ 50 francs (8 euros) en Haute-Loire dans les années 1980. Aujourd'hui, les prix pratiqués tournent autour de 10 euros. L'inflation générale entre les années 1980 et celles de 2020 a été de 223,4% d'augmentation. Une entrée dans une boite de nuit devrait alors avoisiner les ... 25 euros.

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Une concurrence déloyale dans le monde des nuits blanches"

D'après Jonathan Houriez, les discothèques ont moins la cote actuellement qu'il y a quelques années. Et le problème apparaît beaucoup plus profond que le récent passage du confinement. Il y a 20 ans encore, une quinzaine d'établissements étaient actifs en Haute-Loire. Aujourd'hui, ce chiffre a été divisé par plus de deux. "Jusqu'à la fin des années 1990, les boites de nuit représentaient le principal lieu de rencontre des jeunes, admet le patron des Cimes. Il n'y avait pas tous les moyens de communication d'aujourd'hui et l'on se rendait tous en boite pour se retrouver et s'amuser. Nous sommes vraiment devant un phénomène sociétal pour ce qui tourne autour de la rencontre entre les gens. D'autre part, il s'est installé une concurrence sacrément déloyale entre les discothèques et les bars de nuits." Ces derniers sont des établissements qui possèdent l'autorisation de rester ouverts jusqu'à quatre heures du matin, alors qu'un bar normal doit fermer ses portes à une heure. "Ils bénéficient de taxes beaucoup moins importantes sur l'alcool et sont vite apparentés à une boite de nuit avec le fait d'être ouvert si tard".

Trouver des idées pour que les gens reviennent

Aussi, Jonathan Houriez tente de sortir du lot en tentant d'appliquer des choses nouvelles dans le département. "Les patrons d'aujourd'hui ne sont plus les mêmes que ceux des années 1970 ou ceux qu'on voit dans les films, plein aux as, raille-t-il. Maintenant, nous sommes obligés de faire des tarifications les plus maigres possibles. Pour ma part, nous étions déjà les moins chers du département, que ce soit au niveau des entrées, des ramassages et des consommations. Maintenant, nous avons décidé que l'entrée des Cimes soit gratuite pour tous. Nous voulons développer également les invitations d'artistes de renom pour ajouter quelque chose en plus et susciter l'intérêt. Il faut miser sur des événements de grande ampleur que les bars de nuit ne peuvent pas faire faute d'espace adéquat. Les discothèques doivent se réinventer pour continuer d'exister "

Nicolas Defay

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img_journalistejb le 10 juillet 2020 - 16h06
Hier les guinguettes , aujourd'hui les boites de nuit ! Je crois que ce sont les premières qui me manqueront le plus ! En fait , les professions se suivent , elles naissent , montent à leur apogée et disparaissent ! Les marchands de charbons , les mineurs et les conducteurs de calèche ! Pour les boites de nuit , c'est foutu depuis 1990 !

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