''La couleur rouge marque les esprits mais on n'est pas submergé par une vague Covid'' sur zoomdici.fr (Zoom43.fr et Zoom42.fr)

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''La couleur rouge marque les esprits mais on n'est pas submergé par une vague Covid''

Date : 23/09/2020 | Mise à jour : 23/09/2020 12:48
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Se réorganiser après le passage en zone rouge, sans trop déprogrammer les opérations chirurgicales : c'est la quadrature du cercle pour le directeur de l'hôpital du Puy Jean-Marie Bolliet. Entretien.

- Photo d'illustration / DR Maxime Pitavy / Archive Zoomdici.fr -

Le passage de la Haute-Loire en zone rouge Covid lundi soir implique-t-il un nouveau protocole pour l'hôpital Emile Roux ?

Non, il n'y a pas de nouveau protocole, c'est juste un indice de vigilance supplémentaire. On poursuit notre remise d'organisation en interne pour monter en charge progressive sans trop déprogrammer les opérations chirurgicales car les gens ont toujours besoin de se faire opérer. Pour l'instant, la pression n'est pas trop forte sur l'hospitalier, avec seulement sept patients hospitalisés au CHER (ndlr : centre hospitalier Emile Roux) et une vingtaine en Haute-Loire au moment où je vous parle (ndlr : entretien réalisé mardi soir). On n'est pas submergé par une vague Covid, on est en zone rouge parce que le taux de positivité est passé au-delà d'un seuil mais il n'y a pas de difficulté particulière par rapport à ce qu'il y avait une semaine auparavant. La couleur rouge marque les esprits mais même dans notre centre de prélèvements, le taux de positivité depuis quelques jours est à peu près similaire à celui de la semaine dernière, soit entre quatre à six tests positifs sur 140 prélèvements.

Le poste médical avancé (PMA), qui était au début de l'épidémie à l'hôpital puis qui a été confié à la Ville, ne devrait pas être réenclenché à l'hôpital ?

Non non, pour l'instant on n'est pas sur des afflux massifs de patients à dépister comme on a pu connaitre au printemps et surtout, le PMA avait pour vocation de prélever les gens alors que maintenant, on l'a organisé au centre de prélèvements du laboratoire et il y a donc beaucoup moins d'utilité à avoir un PMA à l'hôpital.

Le service COVID est bien actuellement fermé ? Est-il prévu de le rouvrir ?

Non, il est fermé puisqu'on a réparti les lits sur les services de médecine et on est en train d'imaginer de convertir un des services de l'hôpital mais la difficulté dans cette deuxième séquence, c'est qu'on a moins de personnel puisqu'on déprogramme moins la chirurgie, ce qui signifie que l'on a moins de personnel qui peut vaquer à d'autres occupations et le cadre chirurgie reste quasiment à son niveau identique. Donc les ouvertures de lits comme on a pu en connaitre sur la première phase sont beaucoup plus difficiles à réaliser aujourd'hui car ouvrir un lit, c'est mettre du personnel en face. On a toutefois prévu de rouvrir le service Covid en cas de phase épidémique maximale, c'est-à-dire à des taux d'occupation de nos lits Covid qui seraient supérieurs à ceux de la première vague donc il ne devrait en tout cas pas rouvrir dans les semaines à venir.

A-t-il été fermé pour des raisons économiques ?

Non, pas du tout, il n'y a pas d'arguments économiques avec la Covid, toutes nos dépenses nous sont remboursées jusqu'ici, il n'y a pas de sujet.

Nous avons une source qui travaille à l'hôpital et qui nous assure que les patients Covid sont mélangés avec les autres patients, qu'il n'y a pas de démarcation entre les patients ayant la Covid, et ceux qui ne l'ont pas... Est-ce le cas ?

Non, non absolument pas. On ne peut pas mélanger les patients. On ne peut pas le faire, il n'y a aucun risque que ça arrive, je suis formel. Les patients qui sont aujourd'hui suspects Covid, ils sont mis dans les deux chambres par service qu'on a réservées à cet effet, et ils sont seuls. Ils font l'objet de la part des soignants des protocoles Covid : surblouses, masques FFP2, etc. Ce risque là n'existe pas.

On avait justement fait le point plus tôt dans la saison sur le faible taux de contamination du personnel hospitalier. Est-ce toujours le cas en Haute-Loire ?

Absolument, c'est une vraie satisfaction, la preuve que ça marche quand on fait attention. Depuis le début, des soignants qui sont Covid, il y en a eu cinq à l'hôpital et aucun n'a pris en charge de patients atteints du Covid. Sur plus de 1 000 soignants qui gèrent la Covid à l'hôpital, cinq ont contracté le virus mais tous étaient dans d'autres services et jamais ils ne sont entrés en contact avec les patients atteints de la Covid donc c'est la preuve que nos mesures de protection fonctionnent. Si ce n'était pas le cas, on aurait évidemment une épidémie à l'hôpital, avec la moitié des soignants infectés, et ce n'est pas le cas. 

Ce qui suggère donc que ces cinq soignants infectés ont contracté la Covid en dehors de l'hôpital ?

Exactement. Scientifiquement, ils ont soit contracté la Covid à l'hôpital en contact avec des patients asymptomatiques et non dépistés, soit à l'extérieur, en contact avec des personnes porteuses du virus. En tout cas, aucun de nos soignants qui a traité un patient estampillé Covid n'a contracté le virus par la suite. La preuve que ça marche, ce n'est pas de la propagande, mais le respect des mesures barrières et des protocoles, ça marche.

Dans les cas les plus graves, c'est le service réanimation qui est impacté. Y a-t-il une tension sur ce service ?

Il n'y a qu'un patient en réanimation aujourd'hui, on en a eu jusqu'à trois au maximum. On en a muté un à Clermont-Ferrand au plus dur de la crise mais aujourd'hui, on n'a pas de tension sur le service.

Finalement, la principale difficulté lors de cette deuxième séquence, c'est la ressource en personnels, comme Zoomdici a pu l'évoquer avec cette note interne demandant au personnel, même infecté mais sans symptômes particuliers, de se rendre au travail ?

Notre principale difficulté dans cette deuxième séquence, c'est qu'on n'a pas déprogrammé aussi fortement que lors de la première séquence, et je dirais heureusement pour les patients car on a vu que le renoncement aux soins, c'était une perte de chance aussi, notamment pour les cancers. Donc on n'a pas déprogrammé, donc on n'a pas de lit disponible, donc on n'a pas de personnel disponible et il faut faire comme on peut, en déprogrammant très progressivement, avec parcimonie et au fil de l'eau, pour accueillir les patients Covid. C'est effectivement le coeur de notre difficulté lors de cette deuxième séquence, c'est la ressource en personnels.

Pourquoi alors ne pas reconstituer une réserve sanitaire comme au printemps ?

Lors de la première séquence, on a pu mettre, dès le début, du personnel à la maison, par exemple en chirurgie, en disant on vous met en réserve et on vous rappellera dans trois semaines si ceux qui sont actuellement en service se contaminent, afin de pouvoir les remplacer. On a pu le faire car on a entièrement fermé des lits de chirurgie, ce qui nous a permis de récupérer des dizaines de personnels. Aujourd'hui, on ne peut pas le faire puisqu'on n'a rien fermé, donc on ne peut pas mettre en place de réserve sanitaire. D'un autre côté, avec la connaissance que l'on a aujourd'hui de la maladie, on est assuré que l'on aura pas besoin de personnels de manière forte pour traiter la Covid en elle-même. La réserve que l'on avait constituée au printemps a finalement très peu servi. Donc on ne va pas la reconduire.

Je sais que vous n'avez pas une boule de cristal mais est-ce qu'on peut être confiant pour la suite des événements ?

Le fait que les mesures se durcissent un peu partout où le virus a proliféré depuis le début du mois de septembre, dans des villes comme Lyon, Nice ou Bordeaux, le fait que nos cas positifs se maintiennent à un plateau d'environ cinq ou six patients infectés sur environ 150 dépistages, le fait que ce plateau existe et que ça ne s'emballe pas... tous ces éléments sont plutôt rassurants. Pour l'instant, c'est vrai que jour après jour, ce sont de petites victoires, on se dit que si ça reste comme ça, on peut avoir une épidémie qui devient entre guillemets chronique et qui ne va pas s'enflammer. Mais je ne suis pas devin et il faut rester prudents, et bien sûr toujours respecter au maximum les mesures barrières.

Propos recueillis par Maxime Pitavy




 
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