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Une délégation des Balkans en visite à Poutès

Date : 03/07/2013
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Le barrage de Poutès n'a pas toujours été un exemple de réussite pour l'association SOS Loire Vivante. Mais depuis la décision de son arasement (lire), il est devenu un modèle de concertation et il a été présenté à une délégation des Balkans, où les projets hydrauliques se multiplient.

Mercredi 26 et jeudi 27 juin, Roberto Epple et Martin Arnould, représentant de WWF France, ont accueilli une délégation des Balkans composée d'une douzaine de personnes venant du Monténégro, essentiellement des employés des ministères, de Bosnie-Herzégovine, de Croatie et même une personne d'Albanie, (un pays qui dispose de rivières extraordinaires mais où la mafia semble se mêler de ces questions, selon les informations recueillies sur place lors de la conférence de presse).
Dans ces pays, la production hydroélectrique demeure très faible malgré de longues rivières. La France est un exemple en la matière, aussi bien pour sa production que pour son nombre d'ouvrages, de l'ordre de 500 pour les grands barrages, et des milliers d'autres de taille plus modeste. Tous n'ont pas été une réussite et l'exemple de Poutès a particulièrement intéressé la délégation internationale, tant pour les erreurs qui ont pu être commises par le passé que pour la solution contemporaine durable apportée (de 17 mètres de hauteur, ce dernier devrait être ramené à 4 mètres afin d'améliorer la circulation des poissons, alors que la production électrique devrait être maintenue à 90 %).



Entretien fleuve autour de l'hydroélectricité

Martin Arnould, chargé de programme rivières vivantes au WWF France, nous a accordé un entretien à propos de la visite d'une délégation des Balkans en Haute-Loire.

  • Qu'est-ce qui a amené cette délégation en Haute-Loire ?

La question des aménagements des rivières dans les Balkans se pose d'autant plus qu'il y reste encore beaucoup de rivières qui n'ont jamais été aménagées. Les Balkans sortent de 50 ans de régime communiste et d'une guerre terrible. Il émerge aujourd'hui une forme de débat, une discussion démocratique, un échange entre les citoyens avec l'idée que ces pays ont besoin de barrages pour se développer.

  • Cette délégation est venue en priorité voir le barrage de Poutès ?

Oui car ils n'ont pas envie de reproduire le modèle suivi dans le reste de l'Europe, à savoir systématiquement aménager toutes les rivières. Aujourd'hui, ils cherchent un équilibre : comment peut-on aménager au mieux tout en laissant les rivières intactes, ou comment dans cet aménagement qualitatif faire en sorte que les barrages ne détruisent pas tout, comme ça a été si bien fait en France pendant longtemps.

  • Quels sont aujourd'hui le mode de production énergétique de ces pays ?

Ecouter sa réponse.




  • Aujourd'hui, ces pays cherchent donc une production efficace tout en respectant l'environnement ?

Pour la plupart de ces pays, soit ils sont entrés, soit ils veulent entrer dans l'Union Européenne. Beaucoup ont une opinion publique qui a pris conscience des problèmes environnementaux, avec les changements climatiques, les disparitions d'espèces, la pollution, etc. Cette prise de conscience n'est évidemment pas limitée aux pays de l'Europe de l'ouest donc ils font face à des besoins qui sont émergents et il n'est pas question de leur dire de rester dans leur état de développement actuel. En tout cas, il y a des besoins urgents de la part de l'Etat, une forte pression et des entreprises d'électricité qui veulent construire des ouvrages, notamment pour créer de la croissance. Les personnes de la délégation qui sont venues en Haute-Loire, essentiellement des scientifiques mais aussi quelques juristes, qui travaillent dans des administrations, se rendent bien compte qu'il y a une expérience à aller chercher dans d'autres pays.

  • Comme en France par exemple ?

Oui et pour une fois, ça fait plaisir : la France est considérée comme un modèle avec sa convention pour une hydroélectricité durable. En effet, on est capables d'arrêter de construire des barrages sur certaines rivières, comme on l'a fait sur la Loire il y a 20 ans, on peut en enlever certains, comme Poutès et enfin on a un débat de qualité entre les hydroélectriciens, les collectivités, l'Etat et les ONG (ndlr : Organisation Non Gouvernementale).

  • L'idée, c'est donc aussi de s'appuyer sur nos erreurs, comme ce fut le cas pour Poutès ?

Ecouter sa réponse.



  • Pour cette délégation, est-il envisageable d'araser tous ces barrages soviétiques ou se dirige-t-on plutôt vers la construction de nouveaux barrages ?

Tous ces pays sont en train de s'ouvrir, lentement mais surement, et globalement, nos sociétés sont en train de réaliser que le modèle de développement économique que l'on a eu depuis 150 ans nous conduit à d'importants problèmes. Les fleuves nous ont nourri pendant des siècles et des siècles et aujourd'hui, ils sont en danger du fait de leur artificialisation. Dans ces pays, ils sortent d'un régime où il n'y avait pas de débat sur ces sujets. Après, il y a des temps sociologiques de maturation des mentalités qui fait que d'ici 10 ou 20 ans, ils pourront commencer à envisager d'enlever des barrages, même si ce n'est pas vraiment d'actualité. Après, si on enlève des barrages en France, pourquoi on en enlèverait pas chez eux alors qu'on sait qu'on est en train d'en enlever, et des très gros, aux Etats-Unis ou au Japon, et que les chinois l'envisagent aussi... Ce ne sont pas non plus des cathédrales, il y a aujourd'hui un mouvement mondial de restauration des rivières.

  • La délégation a donc principalement visité "les barrages de demain", à la fois efficaes et respectueux de l'environnement ?

Ecouter sa réponse.




  • Pour conclure, la France a une forte production hydroélectrique. Comment se situe-t-on par rapport à nos voisins ?

On a le deuxième d'Europe mais nous, on a tout aménagé... En terme de production, c'est la Norvège qui possède le plus gros potentiel, on est donc le premier producteur d'hydroélectricité de l'Union Européenne. En terme d'ouvrages construits, c'est de loin l'Espagne. La France apparaît au second rang à la fois pour le nombre d'ouvrages et aussi pour la production hydroélectrique, avec environ 70 Terra Water annuels. Mais notre potentiel est quasiment totalement exploité, tout ce qu'on pouvait aménager l'a été et c'est pour ça qu'aujourd'hui, on est en train de créer ce réseau de rivières sauvages : il reste encore quelques petites portions de rivière en France qui sont de toute beauté, notamment ici avec la haute vallée de la Loire ou le haut Allier. Ces rivières là, il faut absolument les protéger parce que leur valeur, c'est précisément de ne pas avoir de barrage.

Maxime Pitavy


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img_journalisteb le 8 juillet 2013 - 19h39
on detruit nos reserves d eau.on sait que l eau est chere. il faut regarder le barrage de la valette qui est gerer par la ville de saint etienne.la on dit rien?.pourtant le lignon est poissonneux meme avec ce fameux barrage. loire sauvage ne veut pas s attaquer a la ville pourquoi?....ils ont peur

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img_journalister le 7 juillet 2013 - 00h36
Tous ce que l'Homme a entrepris dans le passé n'est pas forcément bon. Il serait bon de le reconnaitre quand c'est le cas et d'avancer. L'homme apprend par expérience, il ne faut pas être borné, il faut savoir évoluer ...

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img_journalisteC le 6 juillet 2013 - 11h12
"pas toucher à ce qu'ont construit les anciens", "mon coin de pêche à moi": bonjour le niveau de réflexion nombriliste de nombreuses réactions! Sans parler des textes incompréhensibles... Comme si les erreurs de vue du passé étaient inébranlables, parce que "patrimoine"... Certains n'ont toujours pas compris que les ressources naturelles et l' écosystème correctement gérés étaient indispensables à la vie de l'espèce humaine, qui n'est qu'une espèce parmi les autres. Pensez global!

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