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La question des aidants sexuels revient dans l'actualité

Date : 02/01/2012 | Mise à jour : 13/03/2013 10:17
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L'ancien député UMP ligérien Jean-François Chossy avait évoqué la possibilité d'un aidant sexuel pour les personnes lourdement handicapées. Ce lundi 11 mars, le Comité Consultatif National d'Ethique (CCNE) s'est déclaré défavorable à la reconnaissance de ce métier.

L'ancien député UMP Jean-François Chossy avait rendu le 2 décembre 2011 un rapport au premier ministre de l'époque François Fillon. Il portait sur la vie quotidienne des personnes handicapées et était intitulé "passer de la prise en charge à la prise en compte". Une partie du document était consacré à la vie sexuelle et affective des handicapés. Nous l'avions interviewé sur cette question qui lui tenait particulièrement à coeur.

Jean-François Chossy, vous avez remis au Premier ministre François Fillon et à Roselyne Bachelot-Narquin, la ministre de la Solidarité et de la Cohésion sociale, un rapport de plus de 120 pages portant sur l'évolution des mentalités à propos des personnes handicapées. Pouquoi avoir voulu faire la distinction entre "prise en charge" et "prise en compte"?

"La prise en charge est un terme administratif et médical. La personne handicapée, comme tout être humain, doit être prise en compte. "Prise en charge", cela implique une sorte de fardeau, de charge."

Dans ce document, vous évoquez tous les pans de la vie quotidienne des personnes handicapées, comme le logement, l'école ou le travail. Page 104, vous parlez de la vie sexuelle et affective des handicapés, et émettez l'idée qu'un jour des assistants sexuels voient le jour en France. Qu'est-ce que serait concrètement leur rôle?

"D'abord, laissez-moi vous dire que je suis désolé de voir que depuis quelques semaines on ne m'interroge que sur ce sujet-là, alors qu'il ne représente qu'une infime partie de mon rapport. C'est étonnant que la presse ne retienne que cela du bilan de ma rencontre avec 700 personnes au cours de cette mission. Concernant le rôle de l'aidant sexuel, j'explique que ce n'est qu'une solution envisageable pour les personnes qui n'ont pas accès à leur propre corps. L'assistance sexuelle est difficile à préciser. Il s'agirait de former des personnels, soignants ou non, à être un professionnel qualifié, et non bénévole, pour soulager les personnes handicapées. Cela n'aurait rien à voir avec une "passe", ce serait une démarche bien plus "sensuelle". Ce n'est pas un acte banal, et cela nécessite une formation technique et psychologique. L'important, ce n'est pas tant l'acte en lui-même, mais plutôt la mise en valeur et l'estime de soi."

La sexualité des handicapés apparaît comme une chappe de plomb dans la société, comme si elle n'existait pas..

"C'est une vraie hypocrisie. La sexualité dans les centres, c'est une réalité. Des personnes handicapées entre elles ont une sexualité, et il faut aider à leur rapprochement. On doit leur apprendre les gestes. L'intérêt de mon rapport c'est aussi que l'on parle enfin de ce sujet."

Comment font les personnes handicapées pour avoir une vie sexuelle actuellement?

The sessions

Ce film, sorti sur les écrans français le 6 mars 2013, raconte l'histoire vraie de Cheryl Cohen Greene, une assistante sexuelle américaine. On assiste à sa relation avec Mark, un homme lourdement handicapé.

"Souvent, elles n'en n'ont pas. Dans certains établissements, les directeurs font appel à ce qu'on appelle pudiquement des "parrains " ou des "marraines", mais qui sont en fait des prostitués qui viennent soulager les handicapés. C'est justement pour ça qu'il faut légiférer. Ce que je propose n'a rien à voir avec de la prostitution. Le danger serait d'assimiler l'assistance sexuelle à cela."

Vous écrivez,"le sujet est enveloppé de pudeur mais aussi enveloppé de douleur. Ceux et celles qui attendent des réponses sont dans l'impatience [...] le sort qui leur sera fait va dépendre des autres". C'est une réalité pour les personnes handicapées d'être dépendantes d'autrui, pour sa sexualité, comme pour tout le reste...

"Elles dépendent des autres pour tout. Le film Intouchables, que j'ai beaucoup apprécié, en est la démonstration, le personnage principal, en fauteuil roulant, dépend des autres pour toute sa vie quotidienne."

L'aide sexuelle existe déjà dans plusieurs pays européens comme l'Allemagne ou la Suisse depuis les années 1980. Pourquoi en France la question n'est-elle soulevée qu'aujourd'hui?

"Parce qu'on a fait un raccourci depuis toujours avec la prostitution, qui est interdite. C'est comme si l'aidant sexuel était assimilé à un prostitué. On revient à l'idée évoquée précédement, il faut en finir avec cette hypocrisie et nous devons nous inspirer de ce qui se fait ailleurs."

Roselyne Bachelot-Narquin, au début de l'année 2011, s'était déclarée fermement opposée au principe de l'aide sexuelle...

"Je n'ai vocation à convaincre qui que ce soit. J'ai une mission d'information, simplement."

Enfin, vous avez laissé votre siège de député à votre suppléant, Paul Salen, en mai dernier, pour remplir cette mission de rapporteur auprès du Premier ministre. Qu'allez-vous faire maintenant?

"Ma mission est terminée, mais je vais faire en sorte de faire vivre ce rapport. En relançant mes anciens collègues parlementaires d'abord, parce que je pense qu'il y a dans ce document matière à trouver des propositions législatives. Ensuite, un rapport comme celui-ci ne peut vivre qu'à travers le monde associatif, qui est un aiguillon des pouvoirs publics. J'ai rencontré les plus grandes associations du monde du handicap, comme les plus petites."

Propos recueillis par S. B.

Photo 1: "Sexe, amour & handicap", un documentaire de Jean-Michel Carré
Photo 2: Jean-François Chossy DR

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Commentez

img_journalisteAnonyme le 16 mars 2013 - 19h41
Mais qu'est-ce qui empêche les handicapés de faire appel à des prostituées comme beaucoup de gens le font déjà ???? Pas besoin de loi pour ça. Un téléphone, ou internet, et hop, et pour les cas vraiment extrèmes (tétraplégie) un proche peut peut-être passer la commande pour lui comme il le fait pour les autres besoins courants. Et ne croyez pas qu'ils seront embêtés par la justice, même les violeurs, casseurs et voleurs récidivistes ne sont pas inquiétés.

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img_journalisteAnonyme le 16 mars 2013 - 07h48
la question de la sexualité pose encore problème en France au vu de nombre de réactions simplistes à cet article. Mais c'est vrai qu'il est souvent plus simple et plus rassurant d'avoir une réponse immédiate plutôt que d'essayer de comprendre la question sociale et humaine qui est posée. Penser que tout échange humain relève de la transaction nous inclut toujours plus dans une société marchande où les humains ne sont eux aussi que des marchandises.

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img_journalisteAnonyme le 14 mars 2013 - 18h37
salut ! il faut peut-etre le vivre pour en parler, surtout avec la maladie qui un vrai handicap!!!!!

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