Reçue avec mention Bien au Bac pro à 49 ans sur zoomdici.fr (Zoom43.fr et Zoom42.fr)
logo_zoom

Reçue avec mention Bien au Bac pro à 49 ans

Date : 07/10/2016 | Mise à jour : 13/10/2016 12:08
Partager

Il est des parcours qui forcent l’admiration. Des histoires de reconversion qui laissent à penser que tout est toujours possible, que l’on peut changer de vie professionnelle à tout âge. Il suffit juste de le vouloir, diraient certains.

Agnès Derderian Masson, 49 ans, de Lapte, en est l’exemple singulier. Ancienne coiffeuse, elle a passé un Bac Pro en mécanique en juin dernier. Admise avec la mention Bien, elle a été mise à l’honneur récemment par le rectorat avec d'autres lauréats d'Auvergne qui "se sont brillamment distingués" lors des dernières épreuves du baccalauréat et du concours général.

"Choisis quelque chose qui te plaît vraiment"

Après 25 années passées comme coiffeuse artisan à domicile et professeure au sein d’écoles renommées, la jeune femme voulait tourner une page. « Je ne voyais pas d’évolution à long terme », confie-t-elle. C’est son cousin coiffeur qui lui avait transmis la passion à l’époque, quand elle avait 17 ans, et qu’elle improvisait des shampoings dans son salon. Une fois rangés ses peignes et ses ciseaux, l’ancienne coiffeuse trouve un emploi en usine de plasturgie, qu’elle va occuper pendant un an et demi. Jusqu’au jour où son mari lui donne le déclic, en lui assénant : « Tu ne vas pas passer toute ta vie en usine ! Choisis quelque chose qui te plaît vraiment. »
Pour l’histoire, Agnès a grandi dans un garage, son père était mécanicien. Tout est parti de déboires mécaniques. Après qu’elle a conduit un jour sa voiture au garage, son père remarque que la pièce changée est toujours aussi défectueuse. « Depuis, il m’a enseignée les rudiments de la mécanique, parce que je voulais devenir autonome et réaliser mes petites réparations moi-même ». La mécanique, juste une évidence donc. Même si c’est un "métier d’homme", quoique...

Le plus beau cadeau pour son père

Après son contrat en usine, Agnès utilise ses droits au chômage pour entreprendre un CAP en Maintenance Véhicules Automobiles (MVA). Puis elle effectue un Bac Pro toujours en MVA. Pendant deux ans, elle retrouve stylos et cahiers et repart en classe avec des jeunes qui ont l’âge de ses filles, au lycée Charles et Adrien Dupuy au Puy-en-Velay. Puis vient l’heure des épreuves du Bac et là, délivrance, c’est bien son nom qui figure sur la liste des admis, 13/20, mention Bien de surcroît.
Remarquée par le proviseur qui est touché par son parcours atypique, elle est reçue à Clermont-Ferrand le jeudi 8 septembre dernier par la rectrice d'académie, Marie-Daniele Campion, pour recevoir ses félicitations et être mise à l’honneur avec d’autres brillants élèves d'Auvergne. Pour la père de la bachelière, c’est le plus beau cadeau qu’elle puisse lui faire.
Une fois redescendue sur terre, la jeune femme ne s’arrête pas là. Elle est consciente qu’à presque 50 ans, elle a besoin d'encore plus de connaissances et d’expérience. A la rentrée, elle a donc attaqué une mention complémentaire en Maintenance des Systèmes Embarqués, une spécialisation en électronique, au CFA (Centre de formation des apprentis) de Bains, une formation indemnisée par le Conseil régional.

Et la meilleure bachelière de France

Parmi les lauréats du bac invités au rectorat le 8 septembre, une deuxième élève de Haute-Loire a été distinguée. Il s'agit, bien sûr, de la première bachelière de France, avec 21,22 de moyenne, Emilie Laurent. L'élève du lycée privé Saint-Julien de Brioude nous confiait sa passion pour la littérature anglophone à l'annonce de son résultat en juin dernier.

Des projets et une promesse d’embauche pour juin 2017

Agnès a déjà reçu une promesse d’embauche pour juin 2017 dans un garage associatif qui va s’ouvrir au Puy-en-Velay. En attendant, elle effectue son stage pratique chez Peugeot à Yssingeaux. Infatigable, elle s’apprête à passer son permis remorque, pour pouvoir tracter des voitures par la suite. Elle envisage aussi de passer le permis poids lourd, tout aussi utile dans son domaine. Et puis elle compte travailler quelques années pour pouvoir ouvrir à son tour un garage solidaire, à Yssingeaux pourquoi pas. « Parce-que j’aime bien l’esprit d’entraide qu’on y trouve ; ça permet d’aider les gens qui n’ont pas les finances pour aller faire réparer leur véhicule dans un garage classique. Je suis sensible à cela car j’ai été dans la galère financière pendant dix ans, je sais de quoi je parle. » Agnès a acquis récemment un utilitaire, en l’état, qu’elle a entrepris de réparer avec deux amis professionnels. « J’ai moins d’appréhension maintenant. Je suis capable de changer des pièces complexes sur un véhicule. »
Et l'étudiante continue fièrement sa route. En tenue de travail, penchée au-dessus d’un bloc moteur, armée de ses clés et d’un moral à toute épreuve, elle tente de percer les subtils secrets de la mécanique... Loin des bacs à shampoings et des permanentes, mais ça, c’était avant. Son père ne lui avait-il pas enseigné, adolescente, que « quand on veut, on peut » ?

M.-A.B.


Vous aimerez aussi



Commentez

img_journalistePC le 14 octobre 2016 - 11h01
Bravo! Beau parcours qui a du nécessiter courage et ténacité. A noter que si la norme sociale et les stéréotypes était moins puissants, elle aurait peut-être pu exercer le métier de son choix 30 ans plus tôt. Mais encore bravo.

Signaler un abus