Economie

Les tanneries du Puy ont la peau dure

Si les Tanneries du Puy étaient en dépôt de bilan il y a un an, l'entreprise a aujourd'hui relevé la tête, le carnet de commande s'est regonflé avec de gros clients comme Louis Vuitton. La question d'une filière sur le luxe, le cuir et l'élevage est également posée suite au développement d'un pôle d'excellence en maroquinerie de luxe sur le bassin du Puy.

Au terme d'une longue péripétie au tribunal de commerce (lire notre article), c'est Denis Lemercier qui reprennait les rênes des Tannereies du Puy le 1er août 2011. La situation était plutôt compliquée pour l'entreprise altiligérienne. "Pour redonner un véritable avenir aux Tanneries", explique-t-il, "il fallait une connaissance industrielle et une surface financière".
Il y avait au moment de la reprise de l'entreprise effectivement "beaucoup d'argent à remettre dans la cagnotte" pour pouvoir financer le compte clients, les achats, etc... Si le plan de cession avait permis d'éviter le remboursement des 5,7 millions d'euros de dettes, le repreneur s'était engagé à investir 5 millions d'euros dans l'entreprise.



Les Tanneries à la croisée de deux mondes
Plus de la moitié du chiffre d'affaire des Tanneries du Puy est consacré à l'achat de peaux brutes de qualité. La plupart viennent de France, parfois d'autres pays européens. Le métier de la tannerie est en fait à la conjonction de deux mondes : celui de l'élevage et du luxe, et la France occupe dans ce contexte une place privilégiée. Les veaux issus de race allaitante (également appelée race à viande) fournissent de meilleures peaux et la France possède un important cheptel de ce type et a même un privilège mondial à ce niveau.

1 000 peaux traitées par jour
En termes de production, les Tanneries du Puy demeurent le plus gros tanneur de veau en France, avec environ 1 000 peaux traitées par jour. Le secteur est surtout concurentiel à l'étranger et particulièrement en Italie. En France, il ne reste que six tanneries spécialisées dans le cuir de veau.

De l'autre côté, celui des maisons de luxe, la France est à nouveau très bien positionnée. Et au milieu de ces deux mondes se trouvent les tanneries qui transforment les peaux issues de l'abattage en cuir de luxe. La qualité du tannage est primordiale pour le produit final : un bon cuir a une tenue dans le temps. Une paire de chaussures haut de gamme est donc faite pour durer et va à l'encontre de l'obsolescence programmée, pourtant de mise dans de nombreux secteurs et notamment la grande distribution.



"Quatre batailles à gagner"
Compte tenu du contexte de crise économique mondial, reprendre une entreprise comme les Tanneries du Puy et ses 117 employés était quelque peu ambitieux. "L'entreprise n'allait pas très bien mais il y avait un savoir-faire important", analyse le Président des Tanneries. Il fallait donc redresser l'entreprise et un plan de marche a ainsi été orchestré : "on avait quatre batailles à gagner : la première, c'est la bataille commerciale en allant chercher les commandes chez les clients, la seconde c'est celle de la production, la troisième celle de l'achat des peaux brutes et enfin la quatrième sur le champ des économies".
La direction entend donc redresser les Tanneries du Puy en menant à terme ces quatre projets. "On est plutôt en avance sur ce plan de marche", confie Denis Lemercier, qui ne communique pas de chiffres mais assure : "on est en bonne voie même s'il faudra plusieurs années pour redresser cette entreprise et retrouver des bénéfices à un niveau satisfaisant pour réaliser tout le plan d'investissement nécessaire".



Louis Vuitton de retour, des batailles bien engagées
Pour la première bataille, "elle est plutôt bien engagée, on a reçu un accueil assez favorable de nos clients qui attendaient le retour des Tanneries du Puy". Meilleur exemple de cette réussite, Louis Vuitton est redevenu client en mars. "C'est une excellente nouvelle", se félicite le Directeur, "c'est un client d'envergure internationale et c'est une référence qui devrait en amener d'autres. Ça nous amène à retrouver un schéma de croissance significatif pour retrouver nos productions d'antan". Pour la bataille liée à la production, Denis Lemercier est également assez satisfait : "on doit valoriser au mieux nos peaux. On commence à investir dans l'outil industriel mais il reste encore beaucoup de chemin à faire, on a effectué quelques recrutements, des plans de formation sont initialisés".
Pour le troisième dossier, celui de l'achat des peaux brutes, on touche le concept de filière. En amont, les Tanneries se servent principalement dans les abattoirs et auprès des négociants en peaux brutes, des prestataires chargés de trier les peaux. Comme l'Auvergne ne possède pas de gros abattoirs, l'entreprise ponote est conrainte de se fournir aussi ailleurs. Enfin, sur le champ des économies, "on est sur un projet où l'on veut produire de l'énergie de manière plus efficace : on va rejeter moins de CO2 dans la nature en consommant moins de gaz. Il y a de multiples projets et ce sera un bouquet des différentes initiatives", avance-t-il. L'eau aussi devrait être économisée dans cette chasse au gaspillage.
Denis Lemercier rappelle que les Tanneries du Puy ont une aura mondiale et que les tanneries se trouvent à la conjonction de deux mondes porteurs d'avenir. S'il se félicite du renouveau de cette entreprise emblématique, il envisage aussi d'en proposer des visites pour les habitants de la région. Ecouter.




Les politiques s'emparent de la question
Des politiques de tout bord s'emparent du sujet et pourraient aider à structurer cette chaîne. Mais tout doit se faire en dialogue avec les industriels et "la filière est particulièrement sensible, économiquement, politiquement et il faut gérer les besoins, les enjeux, les contraintes de chacun des protagonistes de cette filière". Comme il s'agit d'un sujet très technique, la seule volonté politique ne suffira pas à mener à bien un projet aussi complexe.

Le luxe a le vent en poupe en terre altiligérienne
Il y a aujourd'hui dans la région un intérêt certain et convergent sur le luxe, le cuir et l'élevage, notamment de la part de plusieurs élus de la région. Le luxe a en effet le vent en poupe en terre altiligérienne que ce soit pour les ex-Lejaby, les ateliers du Puy à Chaspuzac, Boissy, l'Esepac... L'idée d'une filière sur le luxe, le cuir et l'élevage est en train de germer mais cela risque "d'être très difficile à monter et ça prendrait beaucoup de temps", tempère Denis Lemercier.
S'il se dit favorable à cette idée dans l'absolu, "il y a un vrai sens économique à le faire", il égrène aussi les obstacles nombreux liés aux particuliarités de chaque métier et aux systèmes de rémunération, sujet forcément sensible. "On peut le faire par phases mais c'est difficile pour un acteur d'aller donner des leçons aux autres, il faut travailler en concertation. Le problème, c'est que le monde de l'élevage connaît bien celui des abattoirs mais assez peu celui de la tannerie. Et encore moins celui du luxe". Il faut donc que chacun apprenne à se connaître.



Une filière longue et semée d'embûches
Le problème est donc principalement lié à la longueur de la chaîne. Si l'on prend le client final, il achète son produit dans une boutique qui est approvisionnée par une manufacture, qui se sera elle-même fournie auprès d'une tannerie qui aura acheté ses peaux auprès d'un abattoir, lui même approvisionné par un éleveur. "Fatalement, tout le monde ne peut pas bien se connaître", analyse le Directeur des Tanneries.
Le cuir tanné au Puy pourrait facilement être livré aux ateliers de maroquinerie du secteur, encore que les sous-traitants sont souvent tributaires des grands groupes de luxe pour l'organisation de l'approvisionnement. Mais quand bien même un accord serait trouvé, les choses se compliquent en amont. Il faut en effet que l'abattoir à proximité ait le volume et le niveau de production suffisant, ce qui n'est pas le cas localement puisque les Tanneries du Puy traitent environ 1 000 peaux par jour. Enfin, l'abattoir veut écouler toutes ses peaux alors que les tanneurs ne récupèrent que les meilleurs. Il y a donc un certain nombre d'intérêts divergents et d'obstacles à cette filière. Pour y parvenir, beaucoup devraient faire peau neuve. Une perspective qui n'effraie pas les tanneurs.


Maxime Pitavy

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  • f - le 8 août 2012 - 09h48 Signaler un abus
    l emploi c'est bien , mais les odeurs le vendredi soir le long de la vallée de la loire avec les mousses qui flottent depuis des années : on n'est assez loin de la qualité des eaux de l 'allier ...

  • dt - le 4 août 2012 - 12h17 Signaler un abus
    bon courage aux salariés;vous avez pas un métier facile

  • cI - le 2 août 2012 - 11h59 Signaler un abus
    la critique est facile, certes ça sent mauvais, certes le haut de gamme n'est pas à la portée de toutes les bourses, mais c'est quand même plus de 100 emplois... faut-il 100 chomeurs de plus sur la région pour sauver le décor ? faut-il fabriquer que ce qu'un smic peut s'offrir ? Dans le cas présent on est sur du made in China et on nous ne sommes pas compétitifs... donc ça veut dire pas d'emploi chez nous. Il faudrait plutôt se réjouir d'avoir ces emplois et savoir-faire sur place

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