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Les prairies couvrent 50 % du territoire de la Haute-Loire

Date : 30/04/2018 | Mise à jour : 18/05/2018 08:55
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Retour sur les Rencontres Naturalistes 2018 qui se sont déroulées le samedi 28 avril 2018 au lycée agricole Bonnefont de Brioude, sur un thème de saison : les prairies naturelles. Au menu, une sortie botanique, des conférences et une kyrielle d'animations sous légide du Réseau Écologie Nature (REN).

Samedi matin. Sous la houlette de Pierre-Marie Le Hénaff, botaniste au Conservatoire botanique du Massif central basé à Chavaniac-Lafayette, une quarantaine de personnes part en vadrouille sur une petite route aux environs de Lavaudieu. Mission : aller étudier une prairie naturelle. L'occasion pour beaucoup de remettre un nom sur des plantes familières croisées au gré des chemins : le pâturin, reconnaissable à son limbe cuculé, la vesce hirsute, la stellaire holostée, le saxifrage ou le gaillet, dont on se servait pour cailler le lait. "La connaissance des choses périt par l'ignorance du nom", disait Victor Hugo… Certaines de ces plantes ont, entre autres vertus, d'être bio-indicatrices et donc de témoigner de la santé d'une parcelle : le saxifrage annonce par exemple une parcelle riche, le pissenlit trahit une parcelle pauvre…

Prairies semées vs prairies naturelles

Sous l'œil inquisiteur d'une pie-grièche perchée dans un buisson voisin, le botaniste poursuit : les prairies couvrent 50 % du territoire de la Haute-Loire. Si les prairies temporaires (semées par l'agriculteur) continuent de gagner du terrain sur les prairies naturelles, les mentalités évoluent peu à peu, malgré certaines résistances du côté de la FNSEA. De fait, la prairie naturelle ne manque pas d'atouts : plus constante et plus résistante aux aléas du climat, elle est aussi beaucoup plus favorable à la biodiversité (insectes, oiseaux, etc.), constitue un formidable réservoir de carbone et fournit un fourrage certes moins abondant, mais plus équilibré et plus qualitatif. Quand le fourrage est issu des prairies temporaires fertilisées, les vaches mangent plus, effectivement, mais le fourrage est de moins bonne qualité.

Le hic, c'est qu'il faut énormément de temps pour restaurer une prairie naturelle. Si les prairies d'antan étaient aussi riches et diversifiées, c'est parce qu'elles ont été entretenues et amendées pendant des siècles par des apports de fumier. Détruire une prairie naturelle, c'est la détruire pour longtemps, très longtemps. Sans compter que la prairie naturelle est plus complexe, plus technique à gérer, et donc moins sécurisante pour l'agriculteur que le ray-grass, qui doit son succès à sa précocité et à sa simplicité d'emploi.

A l'heure de l'agriculture-bashing

Parmi les interventions de l'après-midi, citons une table ronde dans l'amphi du lycée réunissant divers acteurs proches de la thématique du jour. Breton spécialiste des prairies, Pierre-Marie Le Hénaff relate sa stupeur en arrivant en Auvergne lorsqu'il a découvert que l'INRA ne s'était jamais penché sur les prairies naturelles du Massif central… alors qu'il existait une documentation abondante sur le ray-grass. Un apiculteur relève de son côté que la monoculture dominante ne permet plus aux abeilles d'être autonomes mais précise, à l'heure de l'agriculture-bashing, que "les agriculteurs sont des gens bien… en fait". Rires dans l'assistance.

"Le labour tue les sols"

Jean-Pierre, agriculteur justement en Margeride, a préféré rester hors CUMA (société coopérative agricole). "Les machines de la CUMA sont trop grosses, dit-il, elles abîment les sols. Parce qu'il n'y a pas que les prairies, il faut aussi penser à ce qu'il y a dessous, le sol !" Les exploitations doivent selon lui revenir à taille humaine, moins miser sur la grosse machine. Applaudissements nourris dans la salle. Vient le temps des questions du public, tour à tour techniques, généralistes… ou provocatrices : "Comment expliquer que la Haute-Loire accueille la Finale nationale de labour quand il est prouvé scientifiquement que le labour tue les sols ?"

Un oiseau en voie de disparition

Nouvelle conférence, nouveau sujet : le tarier des prés. Ce petit passereau coloré a vu sa population s'effondrer de 90 % en 25 ans et vient de disparaître du département de l'Allier. "Les espèces qui souffrent le plus sont celles qui vivent dans les milieux agricoles, révèle le conférencier, elles ne subsistent que dans les milieux dits marginaux, non dégradés par l'homme."
Pour terminer sur une note un peu moins sombre, Kilpéric Louche, du SICALA (syndicat d'aménagement de la Loire), présentait ensuite le réensemencement en prairie naturelle des berges du Lignon à Fay à la suite de l'effacement d'un étang artificiel datant des années 1970.

Rendez-vous est pris en février de l'année prochaine à l'Hôtel du Département, au Puy, sur le thème des zones humides. Sujet glissant !

J-B.B.





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img_journalistepp le 30 avril 2018 - 18h53
On attend avec curiosité la réaction de la FNSEA . Sans trop espérer la voir enfin comprendre que la nature et l'agriculture doivent vivre ensemble .

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