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Le Puy : pourquoi pas des bus gratuits ?

Date : 03/10/2013 | Mise à jour : 03/10/2013 18:08
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Dans l'optique des municipales, le Front de Gauche avance des idées sur la scène publique, comme la gratuité des bus. Une idée louable mais économiquement réalisable ? Zoomdici a creusé la question pour que chacun se fasse son opinion.

Opposés à l'austérité de la majorité présidentielle, les militants ponots du Front de Gauche entendent bien constituer leur propre liste au Puy pour les élections municipales de 2014, alors que le PS avait appellé à un rassemblement de la gauche (lire). Une rencontre avec la fédération du PS est prévue dans les jours à venir mais le Front de Gauche veut ériger sa propre liste, même si en cas de deuxième tour au Puy, "un rapprochement serait effectué à gauche pour battre Laurent Wauquiez".
Pour Michel Valentin, le secrétaire départemental du Front de Gauche, une liste au Puy serait l'occasion "d'adresser un signal fort au gouvernement tout en combattant le représentant de la droite locale et ses dogmes libéraux". Pour autant, aucun nom ne se dégage pour l'instant, "on fait d'abord un programme et on constitue la liste ensuite".


Les propositions du Front de Gauche altiligérien émanent d'assemblées citoyennes (une trentaine de participants, la prochaine ce vendredi à 20h au centre Roger Fourneyron au Puy). Outre la gratuité des bus, il propose également la mise à disposition d’un bâtiment gratuit pour un marché de produits agricoles locaux ( type AMAP) où pourraient échanger sans intermédiaire producteurs paysans et citoyens, l'agrandissement de la bibliothèque municipale en médiathèque avec une ouverture tous les jours ou encore la mise en place d’activités péri-éducatives gratuites pour les enfants des écoles publiques.

"Améliorer la qualité de vie en réduisant les nuisances de la circulation"

Le parti de Jean-Luc Mélenchon propose, au Puy-en-Velay, la gratuité des bus, "pour ouvrir la ville aux jeunes et aux demandeurs d’emplois de la communauté d’agglomération". Michel Valentin ajoute : "cela permettrait d’améliorer la qualité de vie en réduisant les nuisances de la circulation qui deviennent insupportables pour les riverains des grands axes aux heures de pointe". L'idée est louable mais est-ce économiquement réalisable ?
"C’est possible immédiatement et à un faible coût pour la régie publique", estime le secrétaire départemental du Front de Gauche, "il y a des agglomérations comme Aubagne ou Chateauroux qui l'ont fait, alors pourquoi pas nous ? Des millions d'euros, on en trouve bien pour faire d'autres choses...", insinue-t-il.

"La gratuité déjà octroyée à de nombreux publics"

Nous avons donc essayé de chiffrer cette gratuité pour la collectivité. Joint par téléphone, le Président de la communauté d'agglomération du Puy-en-Velay Michel Joubert tempère d'emblée : "la gratuité est déjà octroyée à de nombreux publics, notamment tous les scolaires". Côté chiffres, il faut s'adresser à Dominique Malaval, chargé des transports à l'agglo.
Il confirme aussitôt les dires de son Président, puisque 37 % des abonnés bénéficient de la gratuité (1 845 cartes gratuites sur les 5 300 abonnés au 31 décembre 2012). Il s'agit des enfants de maternelles, d'écoles primaires, mais aussi les personnes bénéficiant de la CMUC (couverture maladie universelle complémentaire) et de l'ASPA (allocation de solidarité aux personnes âgées), l'ancien minimum vieillesse.


Pour la gratuité des élèves de primaire, la collectivité paye 872 € par an pour chacun des 550 élèves empruntant les cars. Les familles ne payent que 4 €, le prix de l'établissement de la carte. "La tarification sociale est une volonté des élus", précise Dominique Malaval. Pour les élèves du secondaire, les familles payent 12,38 % du coût, laissant à la collectivité une charge de 760 000 € annuelle.

695 000 € de recettes tarifaires annuelles

Cessons de faire durer le suspens : la gratuité des bus coûterait près de deux millions d'euros par an à l'agglo, soit près de 700 000 € de plus. Selon le budget primitif 2013 du conseil communautaire, le budget transport de l'agglomération est estimé à 5 690 000 €, alors que les recettes tarifaires sont évaluées à 695 000 €.
Pour autant, l'agglo ne doit pas absorber cinq millions d'euros car il existe toute une panoplie de recettes annexes : IJSS (indemnistés journalières de sécurité sociale), contrats publicitaires, des aides de l'Etat et du Département, et surtout la taxe du versement transport (2 660 000 € à elle seule), etc.


La subvention de la collectivité serait augmentée de 55 %

Au final, la communauté d'agglomération du Puy-en-Velay verse une subvention d'équilibre pour le budget transport de 1 265 000 € par an. Dans l'hypothèse de la gratuité, il faut ajouter dans cette subvention d'équilibre les recettes tarifaires (qui disparaitraient), pour arriver à la somme de 1 960 000 €, soit une augmentation de 55 % de cette subvention pour la collectivité.


Moins de 3 % du budget principal

Près de deux millions d'euros, une somme qui peut paraître colossale mais à relativiser : le budget principal 2013 de la communauté d'agglomération du Puy est estimé à 42 400 000 €, la subvention d'équilibre pour le budget transport représente ainsi moins de 3 % du budget principal de la collectivité.
Selon nos informations, 100 000 euros annuels réclamés à la collectivité représenteraient un point d'impôt supplémentaire pour le contribuable. L'hypothèse de rendre gratuit les transports en commun serait donc probablement accompagnée d'une hausse d'impôt, à moins que la somme engagée ne soit puisée dans d'autres services.


"Risques d'incivilités et menaces sur l'emploi"

Le chargé des transports à l'agglo se montre plutôt sceptique face à la proposition faite par le front de gauche : "ça risque de déresponsabiliser les usagers, ce sont des conséquences indirectes mais les incivilités risquent d'augmenter, notamment les dégradations de véhicules".
Autre réticence soulevée par Dominique Malaval, la menace sur l'emploi que cette mesure pourrait engendrer : "à défaut de suppression de postes, il y aurait au moins des réductions de temps travail avec davantages de temps partiels, que ce soit pour les quatre contrôleurs, le personnel de la boutique Tudip ou le personnel administratif". Au total, une demi douzaine d'emplois est concernée mais davantage de chauffeurs seraient nécessaires dans l'hypothèse du développement de l'offre des transports en commun.


Pour les Verts, il faut conserver des moyens financiers pour densifier l'offre

Contacté par la rédaction, le maire du Puy Laurent Wauquiez n'a pas souhaité se prononcer sur cette question. Pierre Pommarel, porte-parole départemental d'Europe Ecologie Les Verts, nous a en revanche répondu. Le PS ayant lancé un appel pour un rassemblement de la gauche (lire), nous lui avons demandé si EELV présenterait une liste au Puy. "Ça doit s'arbitrer dans les prochaines semaines", nous a-t-il répondu, "les différentes hypothèses sont en cours d'étude mais rien n'est acté". Ecologiste convaincu, il nous donne également le point de vue de son parti sur la gratuité des bus.
"Nous n'avons pas d'attitude dogmatique par rapport à la gratuité, c'est un moyen de développer le transport collectif mais ce n'est pas suffisant s'il n'y a pas les moyens financiers pour accompagner ce développement", tempère-t-il, "à Europe Ecologie Les Verts, notre priorité c'est de densifier l'offre et agir sur le volet tarification, sans aller forcément jusqu'à la gratuité, en augmentant par exemple la taxe de versement transport". Les collectivités ont en effet la liberté de moduler le taux de cette taxe, qui absorbe déjà près de la moitié du budget transport.


Economie, écologie et santé

Le développement des transports en commun pourrait avoir divers apports pour le territoire : il est déjà question d'équité sociale, afin de permettre à tous les citoyens de se déplacer, surtout que le coût de l'énergie ne va cesser d'augmenter et certains ne pourront plus utiliser un véhicule individuel. C'est donc une conséquence directe sur le pouvoir d'achat.
C'est également une nécessité écologique, pour réduire les gaz à effet de serre, mais aussi sanitaire (en France, 40 000 morts seraient imputables aux particules diesel). Enfin, le développement des transports en commun faciliterait la gestion du stationnement en centre ville.



Maxime Pitavy

 

  • Les transports en commun ponots en chiffre

    - En 2012, 1 965 000 voyages ont été recensés, dont 1 629 000 en transports urbains et 336 000 en transports scolaires.
    - Au budget primitif 2013, pour les transports communs de la RTCA (Tudip), les dépenses sont évaluées à 4 450 000 € et les recettes à 575 000 € ; pour les transports scolaires, les dépenses sont estimées à 1 240 000 € et les recettes à 120 000 €.
    - Le budget transport de l'agglo est évalué à 5 690 000 € par an, la collectivité donne une subvention d'équilibre de 1 265 000 € annuelle.
    - Les recettes tarifaires annuelles sont de l'ordre de 695 000 €.
    - Sur les 5 300 abonnés, 37 % bénéficient déjà de la gratuité.

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Commentez

img_journalistePC le 7 octobre 2013 - 09h22
D'autres municipalités ont déjà mis en place la gratuité, exemple Compiègne (Oise) où j'ai été surpris de n'avoir rien à payer en empruntant un bus. Il faudrait enquêter pour savoir si ça fonctionne. Ensuite sur le thème "si ce ne sont pas les usagers qui payent c'est la collectivité": c'est effectivement un choix politique, au sens strict. Actuellement l'usage des routes départementales est gratuite alors que trains et bus sont payants. C'est un choix pas une évidence intangible.

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img_journalistepc le 5 octobre 2013 - 17h09
Le développement des transports publics est une question centrale et fondamentale des politiques urbaines à venir. Il est infiniment regrettable pour la Ville du Puy que L.Wauquiez ait mis autant d'acharnement, et d'efficacité, pour saboter le Plan de Déplacements Urbains que la précédente municipalité avait élaboré. la gratuité des transports, c'est un paramètre de justice sociale; la fin de la voiture en centre ville , c'est une nécessité environnementale.

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img_journalisteg le 4 octobre 2013 - 18h54
Ma fille à du s'acquitée de sa carte tudip pendant que certains montrez des papiers de sécu et cmuc, pas mieux malade et dans le besoin que ma famille et ne payé pas. Ou est L'EGALITE du transport pour les enfants ? au moins donnez quelque chose, ça fait service publique !

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