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Langeac : entre solidarité familiale et vendetta

Date : 22/01/2013 | Mise à jour : 22/01/2013 22:19
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Les faits remontent à novembre 2010. Après un passage à tabac d’un premier individu, une riposte est improvisée dans les rues de Langeac mais l’un des hommes visés par la vendetta sort un revolver : trois coups de feu sont tirés et l’un d’eux touche un homme au bras.

Le dossier est plutôt complexe et comprend deux séries de fait, à deux jours d’intervalle. Six personnes se sont présentées à la barre du tribunal correctionnel du Puy-en-Velay ce mardi après-midi. On peut les diviser en deux clans, deux familles.
D’un côté, l’auteur du coup de feu, son cousin et un ami. De l’autre, trois membres issus de la communauté des gens du voyage, tous de la même famille. Le tribunal aura mis près de quatre heures pour démêler cette histoire.

Un passage à tabac sous fond d'alcool

Tout commence donc le 10 novembre 2010, à la sortie d’un bal à Langeac. Un jeune homme de 25 ans est roué de coups par trois individus. L’alcool avait coulé à flot et il semble difficile de justifier ce passage à tabac. A la barre, les trois agresseurs expliquent qu’il avait été insultant à leur égard et sur le parking, la bagarre a éclaté. C’est l’homme de 26 ans, également jugé pour les coups de feu, qui a lancé l’assaut en portant un coup de tête à la victime qui a ensuite été rouée de coups à terre. 
Tous confirment cette version des faits. Une ITT (Interruption Totale de Travail) de sept jours est prononcée. Mais la victime refuse de porter plainte et décide de régler le compte lui-même. Honteux de ses blessures, il part se réfugier chez un cousin.



Entre menaces physiques et virtuelles

Dès le lendemain, le 11 novembre donc, le premier clan déclare avoir reçu la visite de plusieurs membres de la communauté des gens du voyage pour les mettre en garde et les menacer, avec un revolver. Aucun élément de l’enquête ne permet cependant de le prouver. L’un d’eux propose bien un rendez-vous, via le réseau social Facebook, pour en découdre, glissant au passage quelques insultes et menaces mais il en faut plus pour que le chef d’inculpation de menace de mort soit finalement reconnu par le tribunal. 
Quoi qu’il en soit, c’est un motif de crainte et d’angoisse suffisant pour le premier clan pour avoir peur et se méfier. A tel point que le principal protagoniste de cette affaire va s’armer d’un revolver 22 long rifle et de huit cartouches. Une arme dont il aurait hérité de son grand-père.



Ils mettent rapidement la main sur leurs proies

Mais l’appel lancé sur la toile ne semble pas trouver preneur alors la victime et son cousin monte dans la voiture de leur comparse pour retrouver les agresseurs de la veille, qu’ils accusent de lâcheté. Langeac n’est pas réputée pour être une métropole et ils mettent rapidement la main sur leurs proies, vers 18h ce 12 novembre. Le principal agresseur n’est accompagné que de son cousin. Ce dernier est assailli par la victime de l’avant veille et le chauffeur alors que le principal prévenu du dossier est poursuivi par le dernier larron.
Il finit par le rattraper et lui assène un premier coup de pied dans le dos qui projette le prévenu contre un mur. Un échange de coups s’en suit. « J’avais tellement la haine que j’ai eu peur de lui faire trop mal », reconnaît-il à la barre. Mais l’espace d’un instant, il se retire, alors qu’une femme traverse la rue avec son enfant. Son adversaire sort alors un revolver.



Le troisième coup sera le bon

Beaucoup auraient sans doute pris la fuite mais pas lui. Il se justifie : « j’ai eu peur de mourir, c’est sûr mais je me suis dit que si je fuyais, je prendrai une balle dans le dos ». Un premier coup est pourtant tiré en l’air mais il se jette sur le prévenu et dans la cohue, un second coup est tiré, qui part au sol. Lui prétend avoir détourné le canon de sa tête au dernier moment, le prévenu assure que ce n’est même pas lui qui a fait pression sur la gâchette, ou qu’en tout cas ce coup n’était absolument pas maîtrisé. 
Il parvient à s’extirper mais son assaillant continue de le poursuivre, il se retourne alors et tire un troisième coup. Cette fois-ci, il fait mouche et heurte le jeune homme de 24 ans au niveau de l’avant bras gauche. Ce dernier fait finalement un malaise et une ITT de 90 jours sera prononcée. Les coups de feu avaient interrompu la bagarre qui se menait en parallèle. Le principal prévenu prend aussitôt la fuite et cache l’arme. Il appelle ensuite son frère pour être conduit chez son père où il sera rapidement interpellé par les services de gendarmerie.



"Un véritable plaidoyer contre les armes"

La substitut du Procureur Karima Djemali, représentant le Ministère Public, a estimé : « cette affaire est un véritable plaidoyer contre les armes, on voit bien où ça conduit ». Pour le principal prévenu, elle n’est pas revenue sur les violences en réunion puisque les faits sont reconnus. En revanche, pour la seconde série de faits, elle a fait part de son inquiétude : « plusieurs coups de feu ont été donnés, dont au moins un volontairement en direction de la victime, le tout en récidive ». Car ce dernier compte en effet huit mentions au casier judiciaire, dont plusieurs faits de violences aggravées. Il a d’ailleurs déjà purgé des peines de prison pour violence avec arme et se trouvait encore dans le cadre d’une récidive légale.
Une peine de trois ans de prison ferme avec un suivi socio judiciaire et une injonction de soins a ainsi été requise par la magistrate, le tout accompagné d’une interdiction de porter une arme et d’entrer en contact avec les trois autres protagonistes. Pour ses deux compères qui avaient participé aux violences en réunion, une peine de trois mois avec sursis simple a été requise. Le jeune homme ayant pris une balle dans le bras était aussi poursuivi pour violences, une amende de 500 euros a été demandée et enfin pour la victime des violences en réunion et pour le chauffeur, une peine de deux mois d’emprisonnement avec sursis ou de TIG (Travail d’Intérêt Général) a été suggérée.



"OK Corral dans la cité de Saint-Gal ! "

Le jeune homme ayant pris une balle dans le bras était donc lui aussi poursuivi. Son avocat a déclaré : « les responsabilité sont peut être partagées mais on a voulu jouer à OK Corral dans la cité de Saint-Gal ! D’un côté, on a un garçon franc, qui n’a jamais essayé de se disculper et au casier judiciaire vierge. En face, on a un individu qui compte déjà huit mentions au casier judicaire, dont certaines pour des violences avec arme, qui reconnaît être à l’origine du passage à tabac du 10 novembre et avoir tiré au moins un coup de feu volontaire en direction de mon client ». 
L’avocate du principal prévenu a trouvé un terrain d’entente avec son confrère sur le partage des responsabilités en affirmant au sujet de la victime par balle : « il a participé à la constitution de ses préjudices en poursuivant mon client et en l’agressant à mantes reprises », avant de juger : « la solidarité familiale est louable s’il s’agit d’aider pour trouver un logement ou un repas… pas pour la vengeance ». Enfin, avant de laisser les juges délibérer, elle a rappelé qu’un retour sur Langeac était « inenvisageable » pour son client qui avait « encore subi des menaces lors de sa détention provisoire », avant de conclure : « il a plein de projets avec sa femme, il passe des diplômes et commence à s’insérer sur le marché du travail, une peine de trois ans ferme réduirait à néant tous ses efforts ».



16 mois de prison ferme

Après délibérations, le tribunal correctionnel a rendu son jugement peu après 20 heures. Le principal prévenu écope finalement d’une peine de trois ans d’emprisonnement dont 20 mois avec sursis et mise à l’épreuve pendant trois ans. La peine s’accompagne d’une interdiction de détenir une arme et de rencontrer les individus impliqués dans l’altercation, mais aussi d’une obligation de travailler et d’indemniser la victime, dont la constitution en partie civile a été reconnue recevable par le tribunal.
Mais cette victime est également reconnue coupable des faits de violence et hérite d’une peine amende de 500 euros. Enfin, les quatre autres prévenus sont tous logés à la même enseigne : reconnus coupables et condamnés à une peine de six mois de prison avec sursis simple.



Maxime Pitavy

 
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