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Langeac : comment le "capitalisme sauvage" peut conduire 82 salariés à la porte

Date : 15/01/2019 | Mise à jour : 16/01/2019 07:26
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Face à une entreprise qui réalise des profits mais qui ferme son site à Langeac, salariés de Copirel et élus se sont réunis devant les grilles de la préfecture du Puy ce mardi . Avec les emplois indirects, ce sont 400 personnes sur le carreau, l'équivalent de 10 % de la population de Langeac.

Ils étaient environ 150, selon les services de l'État, à venir manifester leur mécontentement ce mardi 15 janvier 2019. Salariés bien sûr, mais aussi commerçants ou encore élus, sans oublier une poignée de Gilets jaunes : tous sont venus exprimer leur écoeurement dans cette fable contemporaine "des ravages du capitalisme sauvage", pour reprendre les propos du maire de Saugues Michel Brun.
Il faut dire que pas plus tard que l'an dernier, 29 millions d'euros de dividendes ont été reversés au principal actionnaire.

Pour gagner plus d'argent, "ils décident de rayer une ville de la carte : celle de Langeac"

"Personne ne l'avait vu venir", déplore, le regard triste, Hélène Seguy, déléguée syndicale CGT sur le site de Mazeyrat d'Allier, "surtout qu'on avait du travail comme d'habitude, des commandes comme d'habitude, du chiffre comme d'habitude et au dernier CE (ndlr : comité d'entreprise) sur notre site, notre direction nous avait dit que tout allait très bien... Jusqu'au bout, on nous a manipulé".
Pascal Samouth, le secrétaire départemental Force Ouvrière, pointe du doigt le groupe Cofel, propriétaire de Copirel : "leur problème n'est pas de ne pas gagner d'argent mais de ne pas en gagner assez, alors ils décident de démanteler une usine et de rayer une ville de la carte : celle de Langeac".

"On était blindé de commandes, avec un très bon chiffre d'affaires [...] mais on nous demandait toujours plus de profit et de compétitivité"

Hélène Seguy, la déléguée syndicale CGT, confirme la bonne santé financière du site langeadois, où il était même question de passer à 39 heures et elle souligne que le site de Langeac a toujours aidé les trois autres marques du groupe (ndlr : Merinos, Epeda et Bultex) quand elles ne rapportaient pas assez d'argent. Elle revient aussi sur l'augmentation des cadences pour les salariés (Zoomdici l'avait évoqué en avril dernier), sans aucune contrepartie, pour le remerciement que l'on connait aujourd'hui.



Des offres de reclassements aux quatre coins de l'hexagone qui "ne sont pas acceptables"

Alors bien sûr, même après l'allègement des ordonnances Macron, le reclassement demeure une obligation en matière de licenciement économique mais il n'enchante guère les salariés, car il est proposé sur les autres sites de production du groupe Cofel : à Limoges (87), à Noyen-sur-Sarthe (72), à Vesoul (70) ou encore à Criquebeuf-sur-Seine (27).
"Aujourd'hui, les salariés ne veulent pas quitter leur territoire", avertit Serge Besson, délégué syndical FO sur le site de Langeac, "c'est compliqué pour eux de laisser une famille, des enfants souvent scolarisés, des amis, une maison... et puis il y a aussi un coût non négligeable". Pour l'instant, aucun employé n'a accepté une offre de reclassement
Richard Hugon est salarié de Copirel depuis 25 ans à Langeac et il ne cache pas sa surprise de voir le site fermer du jour au lendemain, alors que des investissements avaient eu lieu récemment sur l'outil de travail. Pour lui, les offres de reclassements ne sont pas acceptables.



"Le groupe Cofel ne veut pas discuter ; il veut licencier à moindre coût"

Si une délégation a bien été reçue par le préfet de Haute-Loire en fin de matinée, les espoirs sont très minces de voir une issue favorable. "Il n'y a pas de discussion car le groupe Cofel ne veut pas discuter et il veut licencier à moindre coût", tempête Pascal Samouth, le chef de file FO de Haute-Loire, qui demande à l'État de "remettre le groupe à la table des négociations pour le maintien de l'emploi et pour les revendications des salariés, y compris en termes de mesures extra-légales s'il doit y avoir des licenciements". Le PSE (plan de sauvegarde de l'emploi) doit être signé début février alors que la fermeture du site est actée au 28 février 2019.

"Il faut qu'ils trouvent du pognon ailleurs et c'est nous, salariés de Langeac, qui en payons les pots cassés"

La direction est bien sûr dans l'oeil du cyclone syndicaliste. "Les cadences devenaient infernales et les conditions de travail étaient déplorables. On était managés par des incompétents", accuse Hélène Seguy quand Serge Besson, délégué syndical FO, dénonce le management du groupe qui a construit une usine à 35 millions d'euros en Normandie et qui, faute de rentabilité suffisante, conduit à licencier ailleurs sur le territoire hexagonal.



Avec les emplois indirects, près de 10 % de Langeac impactés

"On voudrait que le gouvernement écoute et qu'il voit le mal qu'il fait sur nos campagnes", martèle la déléguée syndicale CGT, "parce que ce ne sont pas que les 82 salariés de Copirel qui sont impactés, ça va aussi faire du mal à nos écoles, à nos transports, à nos commerçants, à nos docteurs, etc.".
Selon Pierre Marsein, ce sont 400 emplois indirects qui sont impactés sur l'ensemble du bassin langeadois : "c'est énorme, c'est l'équivalent de 10 % de la population de Langeac".

La réponse du gouvernement

Le député Jean-Perre Vigier a interpellé le gouvernement à l'Assemblée Nationale ce mardi matin. Olivier Dussopt, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Action et des Comptes publics, lui a notamment répondu que l'attitude des salariés lors du dernier comité (14 décembre 2018) n'était guère responsable et que ça risquait de nuire à l'image du site à l'heure de rechercher un repreneur.


"Faire des lois pour virer 

des gens 

comme des malpropres, ce n'est pas violent ?"

Pierre Marsein, secrétaire départemental de la CGT, met en perspective deux formes de violences : celle dénoncée par les autorités après que les salariés aient sifflé les dirigeants à la sous-préfecture de Brioude, et celle qui consiste à faire des lois pour licencier plus facilement au nom du profit.






"C'est intolérable que l'État laisse faire"

Peut-on accepter qu'en France, une entreprise supprime des emplois pour réaliser davantage de profits ? C'est la question posée à Pascal Samouth, le secrétaire départemental Force Ouvrière.



"Quand on fracasse les bassins d'emplois, on envoie ce pays à la mort"

Dans les rangs des soutiens, on retrouve quelques élus, dont Michel Brun. Le maire de Saugues n'arbore pas son écharpe mais son soutien est total pour les salariés de Copirel : "certains sont des Sauguains et de toute façon, ça impacte tout le canton". Avec déjà Defi Mode (50 salariés licenciés) à Brioude, "ce territoire souffre suffisamment, il est déjà très fragilisé".
"Si on n'est pas là pour les aider et les soutenir, alors on peut rendre son écharpe", ajoute-t-il, "on est face aux ravages du capitalisme sauvage. La politique, c'est avant tout de l'humain et là, il trinque".
Autre soutien aux salariés de Copirel Langeac : une poignée de Gilets jaunes, dont Dominique Chaudy, retraité. Selon lui, "quand on fracasse les bassins d'emplois, on envoie ce pays à la mort".



La production française de matelas et sommiers est en recul de 25% par rapport à 2010

Le groupe Cofel, leader de la literie en France, dont dépend l'usine Copirel de Mazeyrat-d'Allier, s'est justifié en novembre dernier : "Dans un marché très concurrentiel, Cofel a décidé de mettre en place des mesures visant à sauvegarder sa compétitivité pour maintenir la production en France". Le projet consiste à redéployer l’activité du site langeadois sur les autres sites du groupe.
C'est un prestataire, l'agence image7, qui gère la communication du groupe. Joint par téléphone, cette dernière ajoute : "Cette réorganisation permettra au groupe de simplifier ses fonctionnements et de retrouver une configuration industrielle plus compétitive, autour de ses quatre sites français, plus adaptée aux nouveaux défis du marché. Cette décision a été difficile à prendre mais elle est indispensable pour pérenniser l’activité du groupe".
Autre argument mis en avant par le communicant : la production française de matelas et sommiers est en recul constant depuis 2010 (environ 25% par rapport à 2010). Cofel évolue donc dans une industrie en difficulté et doit "faire face à la forte hausse des prix des matières premières et notamment de la mousse alvéolaire, principal composant dans la fabrication des matelas". Enfin, la "montée en puissance d’importations de matelas en provenance de pays à bas coûts de production" est également évoquée.

Maxime Pitavy






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img_journalisteJG le 19 janvier 2019 - 14h21
Laissez MACRON, le gouvernement, et Karl Marx tranquilles ils n'ont rien à voir dans tout ça L'entreprise fonctionne sur cinq sites La production est en baisse, l'entreprise ne fait plus de bénéfice Elle veut fermer un site, le plus petit, Mazeyrat, pour réduire ses frais, et produire autant sur les seuls quatre autres sites (en embauchant sur un de ces sites où sera transférée la production de Mazeyrat) Pas pour donner aux actionnaires, pour survivre!

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img_journalisted le 16 janvier 2019 - 19h38
Que vient faire Macron et l État dans une décision d un groupe industriel. A moins de nationaliser, de quitter le marché unique et de revenir a l ancien franc, la solution est de continuer à adapter l économie au changement.

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img_journalisteM le 16 janvier 2019 - 16h49
pas de cagnotte en vue ? il est ou le peuple ?

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