Faits divers

Jugés pour avoir escaladé l’Hôtel-Dieu

Samedi 17 septembre 2011. Les festivités du Roi de l’Oiseau battent leur plein. Un couple de trentenaires, ivres, décide de monter sur le toit de l’Hôtel-Dieu pour « mieux voir la fête ». 110 tuiles du bâtiment classé par l’Unesco seront endommagées.

Lorsqu’ils avaient été aperçus, policiers et pompiers avaient tenté de les déloger. L’homme de 35 ans était parvenu à s’enfuir alors que sa partenaire, âgée de 34 ans, avait été interpellée. Les deux personnes s’étaient rencontrées lors des festivités et sont depuis en couple. L’individu a finalement été interpellé mais ne s’est pas présenté à la barre du tribunal correctionnel du Puy ce mardi. Seule sa compagne était présente.



Il avait lui même réalisé la toiture
Le trentenaire avait invité sa conquête à monter sur le toit de l’Hôtel-Dieu en lui précisant qu’il l’avait lui même réalisé, écartant ainsi tout risque de chutes et lui indiquant le meilleur moyen d’y accéder (par des échafaudages) pour « mieux voir la fête d’en haut ». Lors de leur ascension, il lui explique comment marcher sur le toit sans endommager les tuiles et sa compagne proteste à la barre : « il y en avait déjà plein de cassées ».
Bien qu’il ne soit pas présent à l’audience, le casier judiciaire du trentenaire a été évoqué : il comprend trois mentions pour des délits mineurs. Interrogée par le Tribunal, sa compagne, créatrice de vêtements, rétorque : « pourtant il est fiable ».
La partie civile a demandé 1703 euros pour réparer la toiture, devis à l’appui.



Une peine encourue de sept ans d’emprisonnement
Le bâtiment dégradé n’est pas un bâtiment quelconque puisqu’il est classé par l’Unesco au patrimoine mondial de l’Humanité au titre des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle. Ainsi, la dégradation d’un bien classé induit une peine pouvant aller jusqu’à sept ans d’emprisonnement et 100 000 euros d’amende. Si le bien n’avait pas été classé, la peine encourue n'était plus que de deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende. 
Marianne Berthéas, représentant le Ministère Public, s’est exclamée : « quelle drôle d’affaire, ça ressemble à une bêtise de gamins ». Jugeant la prévention sévère, elle a suggéré de requalifier les faits en  ‘intrusion non autorisé dans un bâtiment classé’, estimant : « les deux prévenus n’avaient pas l’intention de porter atteinte au bâtiment, même si le préjudice pour la ville du Puy est important ».



« Nous n’avions pas l’impression de faire quelque chose de très très grave »
Cette requalification des faits amoindrit considérablement les peines encourues, à savoir une amende de cinquième classe (pouvant aller jusqu’à 1500 euros) et des TIG (Travail d’Intérêt Général). Un TIG de 90 heures a justement été requis par le Ministère Public pour la créatrice de vêtements et une amende de 700 euros pour son compagnon.
Après avoir refusé la peine de TIG, justifiant qu’elle était à son compte et qu’elle avait besoin de temps, la trentenaire a déclaré : « nous n’avions aucune intention de dégrader la toiture et je ne savais pas qu’il s’agissait d’un bâtiment classé. Sincèrement, nous n’avions pas l’impression de faire quelque chose de très très grave ».
Après requalification des faits, le tribunal a prononcé une peine comprenant une amende de 300 euros pour chacun des deux amoureux. La partie civile a été jugée recevable et le couple devra l’indemniser de la somme de 1703 euros.



Maxime Pitavy