Hôpitaux Émile-Roux et Ste-Marie : la consigne qui ne passe pas sur zoomdici.fr (Zoom43.fr et Zoom42.fr)

logo_zoom

Hôpitaux Émile-Roux et Ste-Marie : la consigne qui ne passe pas

Date : 14/09/2020 | Mise à jour : 15/09/2020 07:15
Partager

Si un agent hospitalier est testé positif au Covid mais sans symptômes particuliers, la direction hospitalière souhaite qu’il se rende à son poste de travail. Telle est l’une des dernières consignes que les personnels de l’hôpital Émile-Roux et de Sainte-Marie au Puy-en-Velay ont reçu la semaine dernière.

Inadmissible. Choquant. Absurde. Voici quelques-uns des qualificatifs de la part des syndicats et du personnels soignants qui accusent un document remis tout récemment entre leurs mains par la direction. Du côté d’Emile Roux, cette consigne s’intitule : « Conduite à tenir pour les professionnels du CHER positifs au Covid ou ayant été en contact avec un cas Covid ». Elle se présente sous la forme d’un schéma plutôt compliqué à interpréter. Mais entre les flèches de couleurs différentes, les titres et intertitres et les annotations en petits caractères disposées en fond de page, se cache une directive qui soulève bien des interrogations.

« On fait courir le risque aux patients d’être contaminés »

Elle concerne les agents hospitaliers testés positifs au coronavirus mais étant asymptomatiques. Ces derniers, malgré le fait qu’ils peuvent tout à fait transmette le virus en étant porteurs, se doivent de maintenir leur activité après l’avis du médecin du travail. « Ce que je trouve scandaleux, c’est lorsque la direction nous dit qu’il n’y a pas de risque si on applique les mesures barrières, s’insurge Amandine Rabeyrin, secrétaire départementale Santé Action Sociale CGT 43 Hôpital Émile Roux. Ça, c’est possible simplement dans un monde parfait. Avec cette consigne, on fait courir le risque aux patients d’être contaminés. Ils sont là pour d’autres pathologies ou problèmes et c’est à l’hôpital qu’ils pourraient contracter le virus ! Et pour les agents hospitaliers, c’est encore pire étant donné qu’ils se voient sans masque de protection lorsqu’ils vont manger ensemble. À ce moment-là, la contamination serait inévitable ».

La direction de l'hopital Emile Roux réagit :

Ce lundi 14 septembre, elle souligne que cette consigne est issue d’une volonté gouvernementale car étendue à l’échelle nationale.
-À la question du risque de transmission engendré par l’application de cette consigne, elle répond : « La transmission avec l’application des mesures barrières c’est moins de 1% de risque contre 100 % de risque de voir le système hospitalier se dégrader fortement ». Comprendra qui pourra.
- Savoir si cette consigne n’aurait pas l’objectif de pallier un manque d’effectifs dans l’hôpital, la direction n’a pas souhaité répondre.

« Avec de telles directives, on peut faire fermer un service »

Même son de cloche de la part du syndicat de la Cfdt de l’hôpital ponot. « La consigne nous choque énormément, affirme-t-il. Avec de telles directives, on peut faire fermer un service, plusieurs ou même l’hôpital entier. Les mesures s’entrechoquent entre toutes celles qu’on entend à la radio ou ailleurs et cette nouvelle mesure totalement à contre-courant. Toutes les préconisations sont bafouées à ce niveau-là. »

Rester à son poste contrairement au reste de la population

A l’hôpital Sainte-Marie, même découverte. Mais à la place d’un schéma alambiqué, c’est une note très claire transmise à tous les salariés par le chargé de communication et signée par la direction. Il est écrit, entre autres : « Selon les consignes gouvernementales, les salariés des établissements sanitaires et médico-sociaux, testés positifs à la Covid-19 et asymptomatiques, doivent continuer à venir travailler, afin d’assurer la continuité de leur service, contrairement au reste de la population. » « Nous avons été au courant dès lundi 7 septembre de cette consigne, nous apprend Bernard Carlier, Cgt hospitalier Saint-Marie. On trouve ça complètement fou, absurde et en totale contradiction avec les mesures sanitaires à respecter. Cette note de service signée par la direction a été envoyée à tous les services et les agents de l’hôpital Sainte-Marie ».

« Je n’imagine même pas le cas de conscience que le soignant porterait »

Une infirmière de l’hôpital Emile Roux désirant rester anonyme partage son ressenti sur le document : « Je ne comprends pas cette consigne ! Elle est dangereuse pour le risque de transmission qu’elle suscite mais surtout dans cet endroit où les patients sont en général immunodéprimés. Cela signifie que leur système immunitaire leur permettant de se défendre contre les infections et les pathogènes envahissants est affaibli. À l’hôpital, nous avons des services de néo-natalité, de gériatrie, d’oncologie (cancérologie, Ndlr) ou encore de pneumologie qui sont particulièrement à risque concernant l’infection au Covid-19. Selon moi, c’est de l’inconscience car c’est rajouter un danger potentiel supplémentaire sur des patients faibles. Nous appliquons du mieux que nous le pouvons les gestes barrières mais il est impossible d’être clean à 100 %. »
Elle ajoute : « D’autre part, je n’imagine même pas le cas de conscience que le soignant porterait en se sachant probable contaminateur tout en passant de malades en malades dans sa journée de travail ».

Et celle de Ste-Marie également :

Voici les réponses de la direction de l'hôpital psychiatrique, ce lundi 14 septembre, à la question du risque de transmission du Covid par des agents testés positifs :
- Ce risque est proche de zéro si les personnes asymptomatiques respectent les gestes barrières : port du masque, lavage des mains, distanciation physique… Il faut noter que les patients portent également le masque dès que cela est possible.
Est-ce pour pallier un manque d’effectifs ?
- Réponse : Il s’agit d’assurer la continuité des soins

« Exposer secrètement le patient au Covid me laisse sans voix »

Une seconde infirmière du même établissement souligne : « Si nous allons travailler tout en étant positifs à la maladie, j’espère que nous aurons accès aux mesures de protections sanitaires adaptées, conformes et sans aucune restriction. Car il nous est arrivé de garder notre masque huit heures d’affilé tout en sachant qu’il n’était plus efficace. Ceci faute d’avoir suffisamment de protections. »

La sonnette d’alarme à l’hôpital psychiatrique est également tirée. « C’est impensable, s’insurge un soignant, lui aussi préférant rester anonyme par crainte de subir des pressions. Comment rassurer des patients déjà perturbés par leur état personnel et le contexte du Covid si nous ne sommes pas sereins de notre côté ? L’environnement et le climat dans lesquels évoluent les malades à Sainte-Marie sont très importants pour qu’ils se rétablissent. C’est primordial même. Mettre le personnel soignant en porte-à-faux par rapport aux patients en l’exposant secrètement au Covid me laisse sans voix. Cela m’interpelle vraiment sur le sens des responsabilités et de conscience du danger de ceux qui décident ce genre d’inepties ».

« Nous avons peur que des pressions se fassent notamment sur les contrats en CDD »

Mais pourquoi une telle consigne ? « Cela nous renvoie à la même problématique où ils mettent des notes de services absurdes parce qu’il manque du personnel, explique Amandine Rabeyrin. Ils savent maintenant que les gens se font plus facilement dépistés et qu’ils seront potentiellement porteurs et écartés pendant quelques jours. Cela va devenir ingérable en termes d’effectifs. Puisqu’on ne pourra pas remplacer tous ces agents hospitaliers, la direction estime qu’il faut quand même venir travailler pour pallier le manque de personnel. »
La Cfdt apporte son analyse sur la question dans le même sens : « Notre direction prévoit des arrêts massifs et des désertions de postes. Elle anticipe donc en prévenant son personnel. C’est bien beau de vouloir éviter un arrêt de travail mais cela risque d’en provoquer plein d’autres en cas de contamination. Nous avons peur que des pressions se fassent notamment sur les contrats en CDD s’ils ne suivent pas les consignes de la direction pour revenir au travail ».

« Tout est fait pour que les effectifs même à bout de souffle soit là »

En parallèle, selon Amandine Rabeyrin, le personnel soignant a reçu une note de service durant l’été qui diminue la liste des pathologies octroyant un arrêt de travail systématique au personnel. « Maintenant, à moins d’être atteint d’une pathologie très grave ou de plusieurs pathologies en même temps, tous les agents hospitaliers doivent être à leur poste en dépit du contexte sanitaire. Tout est fait pour que les effectifs, même à bout de souffle, soient là afin d’éviter l’embauche de nouvelles recrues ».

Nicolas Defay



Vous aimerez aussi



Commentez

img_journalistexR le 18 septembre 2020 - 10h28
C'est le problème du MANQUE d'effectif !!!! Donc les impératifs passent devant la sécurité Voila le résultat quand le pays S'APPAUVRIT - Notre PIB chute dangereusement à cause de la mondialisation des marchés qui détruit l'économie de notre Patrie du Peuple !!!!

Signaler un abus

img_journalisteB le 17 septembre 2020 - 19h42
Comme quoi, ils savent bien qu'il y a un grand nombre de faux positifs...

Signaler un abus

img_journalisteJR le 15 septembre 2020 - 17h53
Et ils nous bassinent avec l'accréditation, la certification, le cofrac, la qualité des soins, et tout le toutim, pour au final générer des risques pareils ? Et que dit l'ARS de tout ça ?

Signaler un abus