Haute-Loire : 200 000 masques invendus, 600 000 euros de préjudice sur zoomdici.fr (Zoom43.fr et Zoom42.fr)

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Haute-Loire : 200 000 masques invendus, 600 000 euros de préjudice

Date : 26/06/2020 | Mise à jour : 26/06/2020 17:05
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Thierry Hayet, patron de deux ateliers textiles en Haute-Loire, se retrouve avec des milliers de masques de protection sur les bras. Éprouvant un sentiment de trahison de la part du Gouvernement, il pointe du doigt le paradoxe entre les énormes stocks français d'invendus et la course à l'importation de l'Etat.

Asti à Paulhac et Valdeco à Paulhaguet. Telles sont les entreprises que dirige Thierry Hayet depuis 2016 pour la première et 2019 pour la seconde. Chapeautant un personnel composé de 150 couturières, ses sociétés produisent en temps normal du textile haut-de-gamme. "Quand j'ai repris Asti, 98% du chiffre d'affaires était généré par la production de housses de matelas pour clic clac et caravaning, explique le chef d'entreprise. On travaillait beaucoup avec Recticel à Mazeyrat d'Allier. J'ai souhaité diversifier et on fait maintenant des jeans 100% français, des rideaux et des coussins pour l'hôtellerie de luxe".

Produire pour combler la pénurie de masque

À l'annonce du confinement et de la médiatisation concernant la pénurie de masque de protection, Thierry Hayet commence alors à se pencher sur le sujet. "Je savais que j'avais encore trois semaines de production classique devant moi avant de fermer boutique le temps du confinement, partage-t-il. Je me suis dit que c'était dommage de disposer d'autant de couturières et ne pas mettre des masques sur le marché. Durant la première semaine de confinement, j'ai travaillé sur un modèle en tissu lavable. Et puis je me suis rapproché de la préfecture afin de le faire valider par les autorités sanitaires. En moins d'une semaine, nous montions tellement en puissance que j'ai décidé de fédérer d'autres ateliers notamment en Haute-Loire".

Un préjudice de 600 000 euros

40 000 masques sont alors produits par semaine dans des ateliers du département, du Puy-de-Dôme et du Cantal. "On avait tellement de commande que j'en refusais entre 200 et 500 000 par jour !, s'exclame-t-il. Je ne pense donc pas avoir été imprudent en produisant un volume pareil, un volume qui partait en une demie journée normalement." Au total, 300 000 masques auront été produits. "Les premiers clients étaient les entreprises. Après, j'ai eu les instances comme la Région AuRa (Auvergne-Rhône-Alpes, Ndlr), la médecine du travail, et une commande de 100 000 masques du Conseil départemental de la Haute-Loire. Une commande qu'il a totalement honorée, d'ailleurs." Mais aujourd'hui, les importations de masque par l'Etat ayant pris une dimension de très grande ampleur, Thierry Hayet se retrouve avec un stock de 200 000 masques terminés ou en cours avec un préjudice total de 600 000 euros.

"Maintenant, c'est poubelle ! Que voulez-vous que j'en fasse !"

Thierry Hayet, comme bon nombre d'entreprise du textile en France, éprouve un sentiment de trahison de la part de l'Etat. "Le souci, c'est qu'on nous a faire croire qu'on n'aurait pas la capacité de fournir assez rapidement pour subvenir aux besoins des Français et qu'il fallait recourir à l'importation massive, grince-t-il des dents. Aujourd'hui, il y a encore des distributions en masse de masques qui viennent de l'importation. Tout vient à présent du Pakistan, du Vietnam, de Chine. La Région AuRa a fait récemment une commande à des importateurs italiens et d'autres pays étrangers. Nous, ça fait un mois que l'on ne fait plus de masques car nous n'avons plus de commandes. Donc on aurait pu assurer cette production !" Alors quid des masques de l'entrepreneur altiligérien ? " Maintenant, c'est poubelle ! Que voulez-vous que j'en fasse !"

Un paradoxe absurde

"L'autre discours du Gouvernement, c'était qu'il voulait relocaliser et que la France devienne autonome avec une filière textile puissante implantée dans le pays, rappelle Thierry Hayet. En fait, c'était du pipeau. On nous a simplement fait produire pour éviter les émeutes devant cette carence mal gérée en attendant que les commandes de l'étranger arrivent." L'entrepreneur soulève un autre paradoxe concernant le dysfonctionnement de l'économie française. "Là où c'est complètement absurde, c'est que l'Etat va s'empresser de faire des commandes au Vietnam dans un premier temps, et dans un second temps va chercher comment nous aider avec des aides financières. S'il veulent vraiment nous aider, qu'il nous passe des commandes et qu'il arrête avec les subventions ! Qu'il nous prenne nos stocks d'invendus au lieu d'importer à l'autre bout de monde !"



Un masque de protection Made in France porté par Emmanuel Macron

Loin d'être le seul cas touché par ces milliers de masques de protection sur les bras, 1 200 entreprises textiles en France seraient victimes de ce phénomène d'après Thierry Hayet. "Au total, ce sont 40 millions de masques invendus qui sont stockés dans les 1 200 entreprises françaises. Entre un tiers et la moitié risque de déposer le bilan rien qu'à cause de ça." L'exemple le plus probant décrit par Thierry Hayet est celui d'Alpex Protection, une société textile de Rhône-Alpes, qui se trouve avec 800 000 masques invendus, des chaînes de production inutiles et des salariés sans activité. C'est d'ailleurs Alpex Protection qui fournissait le fameux masque noir affublé d'un drapeau français tricolore que le président Emmanuel Macron portait lors de ses interventions médiatisées.

Un appel à l'aide et de solidarité envers toutes les entreprises

Le chef d'entreprise admet que le prix d'un masque Made in France comparé au même constitué au Vietnam est plus élevé (35% de différence environ, Ndlr), une différence notamment due au coût de la main d'œuvre. Mais il souligne comment son initiative et celles de ses confrères a bénéficié aux finances du pays. "Cela aurait été beaucoup plus simple pour moi de mettre toutes mes couturières au chômage partiel. Sur le bassin, cette production de masque a permis de maintenir tous les emplois et de ne rien coûter à l'Etat. D'autre part, j'ai œuvré pour que mes charges soient payées à la date prévue et pas en différé comme proposé par le Gouvernement. Et c'est comme ça qu'on nous remercie ?" Thierry Hayet fait un appel aux entreprises de Haute-Loire et au-delà. "Si elles veulent se constituer un stock, qu'elles pensent à nous !"



Nicolas Defay


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img_journalisteB le 27 juin 2020 - 22h55
Heureusement que le monde d'après devait être différent : on repart de plus belle dans les aberrations et les dysfonctionnements On incite la surproduction nationale, on continue à importer, on verse des aides pour le confinement,on subventionne nos achats pour sauver nos commerçants et pour dilapider l'épargne, l'argent du con- tribuable pas un problème, l'essentiel la com et la promotion de notre précieuse élite !!! Mais où est passé le bons sens et le bien commun ?

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img_journalisteM le 27 juin 2020 - 16h53
et oui c'était la poule aux oeufs d'or on fixait un prix élévé persuadé que la préférence nationale jouerai, mais non la concurrence existe et les élus savent compter !!! c'est bien dans l'esprit français matraquons puis on pleurera une étude de marché aurait peut être été utile avant de produire à tout va

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img_journalisteL le 27 juin 2020 - 09h26
l aberration d'un système de commandement débile dans toute sa splendeur : faut garder les masques car dans quelques temps vous les vendrez à prix d'or. vu la non conscience des gens la deuxième vague va arriver = on dirait qu'il n'y a pas eu assez de morts. on se demande encore comment des entrepreneurs font confiance à ce système f et qui les prend pour des blaireaux ; le chômage la précarité et tout ce qui en découle à de beaux jours dans l'avenir

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