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Dossier : Barrage de Poutès, et maintenant ?

Date : 23/06/2011 | Mise à jour : 23/06/2011 20:15
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Alors que les associations écologistes s'étaient fixées pour date butoire ce jeudi 23 juin 2011 avant de passer à l'action, leur message ne semble pas avoir été entendu. S'ils gardent encore espoir et attendent une communication du ministère de l'environnement jusqu'à jeudi minuit, le député Jean Proriol s'inscrit en faux avec les déclarations des associations et considère : "cet ultimatum n'est pas sérieux".

"Cet ultimatum n'a pas de sens, ce n'est pas sérieux", estime le député altiligérien Jean Proriol. Alors que les associations ont fait de cette date du 23 juin 2011 un ultimatum, l'élu déplore : "lors de la signature de la convention, Poutès, qui est un cas spécifique, a été extrait, au même titre que deux autres barrages français. L'anniversaire de la signature de la convention n'a donc aucun lien direct avec le barrage de Poutès".


Voici les points de désaccords entre le député et les associations :






Un barrage "hors la loi"

Alors que les associations considèrent ce barrage hors la loi, "le cahier des charges n'étant pas respecté et les lois européennes ne garantissant plus les autorisations pour qu'il puisse fonctionner", précisent-elles, le député rétorque : "s'il ne respecte pas la loi, je n'en ai pas vu la démonstration. Depuis 2007, personne n'a attaqué l'Etat juridiquement donc en attendant, il faut accepter la continuité d'exploitation".
Les associations déplorent "des procédures très longues et fastidieuses" mais n'excluent pas la possibilité d'une action en justice de la part de l'Union Européenne.


L'hydraulique, une énergie dépassée ?

Alors que de multiples énergies renouvelables occupent le devant de la scène, peut-on considérer l'énergie hydraulique comme dépassée ? "Certainement pas, selon le député altiligérien, la production électrique du barrage de Poutès peut sembler négligeable mais elle alimente tout de même 70 000 habitants. C'est beaucoup plus que l'éolien ou le photovoltaïque et cette énergie a aussi l'avantage de pouvoir être stockée".
Pour les associations, "il n'est pas question de perdre le moindre kWh renouvelable et il est indispensable de garantir le même niveau de ressources pour les collectivités". Pour ce faire, elles proposent un bouquet d'énergies alternatives : grand éolien, solaire, biomasse, etc..., considérant que ces solutions sont créatrices d'emplois et de dynamisme économique local. "Nos alternatives représenteraient 80 à 90 % de l'énergie produite par le barrage mais sans porter atteinte à la biodiversité de nos cours d'eau", ajoutent-elles, tout en précisant qu'elles restent "favorables à la production d'énergie hydraulique si ce n'est pas fait au détriment de l'écologie".



Les saumons font-ils la queue à Poutès ?

Alors que Roberto Epplé, Président de SOS Loire Vivante, déclarait la semaine dernière : "une colonne d'attente est en train de se former au pied du barrage", le député Jean Proriol dément fermement cette affirmation. "Les comptages de Logrami, aussi précis qu’incontestables, montrent que près de 70 % des saumons qui passent à Vichy n’atteignent jamais Langeac", précise-t-il avant d'ajouter : "les mêmes chiffres montrent également que parmi les saumons qui franchissent Langeac seuls 35 % atteindront finalement Poutès... Cette année encore les saumons ne font pas la queue au pied du barrage ! ".
Pour le Président de SOS Loire Vivante, "il est normal de perdre des saumons entre Vichy et Langeac. Les saumons veulent retourner où ils sont nés et comme la majorité vient de la salmoniculture de Chanteuges, très peu veulent aller en amont de Poutès. Cependant, comme cette année, il y a plus de saumons, il y en aura forcément davantage au barrage, et seulement un quart parvient à le dépasser".


La mauvaise santé du saumon : à qui la faute ?

Les associations écologistes considèrent que "le barrage de Poutès a réduit de manière conséquente et l'accès aux derniers habitats propices pour la reproduction et la croissance des jeunes, et la qualité des habitats à son aval". Elles avancent que ce barrage réduit de 47 % le potentiel de reproduction des saumons, dégradant 150 hectares de frayères (ndlr : lieu de reproduction des poissons) en amont de Poutès.

Que rapporte le barrage ? (chiffres avancés par M.Proriol)


* 450 000 euros par an de taxe professionnelle à répartir au Département puis aux communes
* 100 000 euros par an de frais d'entretien pour les entreprises locales

* 6 emplois locaux directs et presque autant en emplois indirects (les emplois ont diminué suite à l'informatisation du système)

* 70 000 habitants alimentés en électricité par an (près d'un tiers de la population altiligérienne)

Le Conservatoire National du Saumon Sauvage de Chanteuges (CNSS) constate "les poissons présentent un état sanitaire très dégradé, 72 % des poissons ont des blessures sérieuses et un état fortement dégradé pouvant compromettre la survie du poisson. Ces observations de blessures sont malheureusement récurrentes sur le bassin". Roberto Epplé concède : "c'est une situation alarmante mais qui n'est pas à imputer au barrage de Poutès".
Pour le député Jean Proriol, pour une fois, le son de cloche est le même : "70 % des saumons ont des blessures à Vichy, ça ne peut quand même pas être la faute de Poutès puisqu'ils n'y sont pas passés". Pour lui, les raisons de cette mauvaise santé sont davantage liées "au parcours du combattant" du saumon : "le taux de survie en mer très faible, de l’ordre de 1%, la qualité de l’eau, le bouchon vaseux à l’estuaire, les filets dérivants tranchants comme des rasoirs, les prédateurs, etc...". Il conclut enfin sur ce sujet : "le saumon sauvage a disparu des grands fleuves européens comme le Rhin en Allemagne, la Meuse au Pays-Bas, ou encore la Dordogne en France... Est-ce la faute à Poutès ? Evidemment non ! ".
Rappelons que le saumon atlantique est classé dans la catégorie "vulnérable" de la liste rouge des espèces menacées en France.


Un seuil de deux ou cinq mètres ?

Concernant l'alternative proposée par EDF, les associations déplorent que le projet ait été modifié, le seuil de deux mètres prévus initialement étant passé à cinq mètres. "Le cahier des charges n'a pas été respecté", protestent-elles. EDF a fait venir plusieurs spécialistes pour envisager d'autres alternatives mais le barrage, étant situé sur une zone d'éboulis et répondant à des normes écologiques, n'offre guère d'opportunités. La proposition d'EDF est donc "de décapiter la tête du barrage mais d'en conserver le socle, les fondations, et de laisser une hauteur de barrage de trois à cinq mètres", explique l'élu.
Mais pourquoi ne pas être resté à deux mètres comme prévu initialement ? "Avec une grosse crue rapide, le barrage se retrouverait rapidement submergé, avec un important risque d'innondation et de noyade pour de nombreux habitants", précise Jean Proriol. "Cinq mètres de hauteur, c'est pour avoir une petite marge de sécurité car les hommes sont quand mêmes plus importants que les poissons", conclut-il.
"C'est de la rigolade, cet argument est scandaleux", rétorque le Président de SOS Loire Vivante. "Les quantités retenues par le barrage sont ridicules en cas de crue, ce ne sont pas un ou deux mètres qui permettront de retenir l'eau, cet argument n'est pas valable", conclut-il.


Les associations attendent encore une communication du ministère de l'écologie. Un nouveau point pourrait être fait d'ici la fin de la semaine. En attendant, voici quelques pistes de réflexion sur la politique énergétique française :


Quelle place pour l'hydraulique dans la politique énergétique française ?

Selon une étude de l'Ademe, la puissance moyenne d’une installation nucléaire est de 1.100 MW, contre 12 MW pour une centrale hydraulique, et 3,5 MW pour une centrale photovoltaïque. Une centrale nucléaire couvre à elle seule les besoins de 2,4 millions de foyers, une centrale hydraulique 10.600 foyers, une éolienne 1.300, et une centrale photovoltaïque environ 1.000.
Au niveau du coût, la centrale nucléaire réalise encore des performances quasiment imbattables : 55 euros du MWh, contre 62 euros pour l’hydraulique, entre 75 et 125 euros pour l’éolien, et entre 150 et 290 euros pour une centrale photovoltaïque.
Pour apaiser les débats sur le nucléaire, le gouvernement a voté cette année une convention pour relancer l'énergie hydraulique avec l'objectif de réaliser 3 Terrawatt-heure au niveau national d'ici quelques années. "Une nécessité", pour Jean Proriol afin de respecter les directives européennes qui préconisent 23 % d'énergies renouvelables produites d'ici 2020. Aujourd'hui, l'hydraulique est la deuxième source de production électrique en France avec environ 12 % de la production électrique nationale.



La sécheresse pourrait épuiser la production électrique française

Alors que 50 départements sont concernés par des restrictions d'eau, la production des centrales hydrauliques a chuté de 29% en avril sur un an, tombant à son plus bas niveau depuis 1976 pour un mois d'avril, selon le dernier bilan mensuel de RTE. Faute de pluies, les cours d'eau sont privés de leur débit habituel, réduisant la force d'entraînement des turbines hydro-électriques et les moyens de refroidissement des centrales nucléaires et thermiques.
En cumul depuis le 1er janvier, la production hydraulique est en baisse de 22,9% par rapport à 2010. Deuxième source d'électricité après le nucléaire, l'énergie hydraulique produit en temps normal environ 12% de l'électricité française.



Maxime Pitavy






Pour plus d'informations, lire notre précédent article


L'historique du dossier de Poutès

Le barrage est construit en 1943. L'opposition débute dès la fin de la guerre, en particulier chez les pêcheurs. En 1994, la pêche du saumon est interdite, et le gouvernement lance une politique ambitieuse de gestion des écosystèmes : c'est le Plan Loire Grandeur Nature. En 1996, les points noirs du bassin Loire-Allier sont identifiés, dont Poutès, considéré comme l'un des principaux éléments perturbateurs pour le saumon, la qualité de l'eau et la biodiversité.
En 2005, le programme Life-Environnement rend son expertise, qui conclut à la nécessité de réouvrir l'axe Allier. En 2007, la concession du barrage arrive à son terme, soulevant la question du renouvellement ; parallèlement, la France s'engage dans un plan de sauvegarde du saumon de l'Atlantique Nord.
En octobre 2007, les tables rondes du Grenelle, destinées à enrayer la perte hémorragique de la biodiversité, réunissent pour la première fois tous les acteurs du dossier. Fin 2008, le Ministère de l'Ecologie et de l'Energie ouvre les négociations sur le démantèlement de Poutès entre EDF, les micro-centraliers, les élus et les associations.
En mai 2009, le ministère de l'environnement nomme un expert, M.Phillipart, de l'université de Liège, qui publie son rapport fin octobre. Il conclut : "la disparition de ce barrage s'impose".
Le 23 juin 2010, l'étude de l'effacement du barrage de Poutès et de l'alternative est confirmée. Une convention hydroélectricité durable et restauration des milieux aquatiques est signée en présence de M.Borloo.
Malgré de nombreuses relances, aujourd'hui, aucune décison n'a encore été prise, le barrage est toujours debout et les ONG alertent l'Union Européenne pour qu'elle se positionne, quitte à entamer une action en justice.



Quelques liens utiles :

* La convention signée le 23 juin 2010 (l'article 3.5 traite particulièrement du cas de Poutès)
* Bilan des passages des saumons adultes sur les stations de comptage de l'Allier
* L'état sanitaire des saumons observés à Vichy 
* Lettre adressée à l'UE par les ONG

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img_journalisteJD le 25 juin 2011 - 07h32
POUTES OR NOT POUTES ? Tout n'est que politique comme l'on sait et Poutés en est l'exemple type,avec des tiraillements dans tous les camps.Quelle action vont ils mener ?Faire sauter le barrage ?Dévier l'Allier ?Manifester dans l'eau avec les quelques saumons en fin de vie avant le fraie ?Battez vous contre les éoliennes qui vont bientôt pointer au dessus de vos têtes !Là,je serai avec vous mais laissez l'ascenseur faire son boulot. JD

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img_journalisteJV le 24 juin 2011 - 15h19
"cet ultimatum n'est pas sérieux" ? Ben quoi, il est au niveau de celui qui l'a lancé et qui s'occupe et gagne sa pitance comme il peut, avec "SON" association à but non lucratif.

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img_journalisteN le 24 juin 2011 - 12h20
L'énergie hydraulique fait partie de l'énergie la plus propre et la plus facile à gérer (stockage, disponible immédiatement...) . Pourquoi un tel acharnement sur cet ouvrage? Le prétexte du Saumon est ridicule, les comptages parlent d'eux même. Merci d'utiliser l'argent public à des fins utiles et merci de ne pas le gaspiller.

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