Condamné à 18 mois de prison avec sursis pour "apologie du terrorisme" sur zoomdici.fr (Zoom43.fr et Zoom42.fr)

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Condamné à 18 mois de prison avec sursis pour "apologie du terrorisme"

Date : 05/11/2019 | Mise à jour : 04/12/2019 07:44
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Converti à l’islam en 2014 et fiché S, ce jeune homme de 25 ans a "liké" des contenus terroristes tels que la page Facebook de Daesh et il a publié des photos de lui en possession de drapeaux islamiques comme Al-Qaïda.

Il avait répondu de ses actes devant le tribunal correctionnel du Puy-en-Velay au début du mois de novembre. L'affaire aussi complexe que polémique (les débats avaient duré près de quatre heures), les magistrats avaient décidé de mettre le jugement en délibéré jusqu'à ce mardi 3 décembre 2019. Le jeune homme a été relaxé pour les faits de provocation à la haine ou à la violence, mais a été condamné pour apologie publique d'actes de terrorisme, à 18 mois de prison avec sursis et mise à l'épreuve pour une période de trois ans avec obligation de travailler ou de suivre une formation et d'être suivi psychologiquement.  

Rappel des faits énoncés lors de l'audience du mois de novembre

Il a un prénom et un nom bien français. Adolescent, il fréquente la communauté turque par l’intermédiaire de son club de football de Sainte-Sigolène. Il commence alors à s’intéresser de très près à la religion musulmane, jusqu’à se convertir fin 2014, à l'âge de 20 ans, à la mosquée de Sainte-Sigolène. Il devient ainsi le seul musulman de sa famille.
D’un tempérament très timide, voire effacé, il va trouver dans la religion une béquille qui va lui donner confiance en lui… Peut-être un peu trop.

"Le petit Français radicalisé" a troqué le qamis pour un jean à la barre

Comme souvent, tout part d'une dénonciation. C'est une lettre qui a été adressée au préfet et au commandant de gendarmerie de la Haute-Loire. La tenue vestimentaire du prévenu interpelle le corbeau, car il porte régulièrement un qamis (vêtement long porté traditionnellement par les musulmans) et un chèche (sorte de foulard porté par les Touaregs), ainsi qu'une barbe fournie.
Le tout sur un homme blanc interpelle dans les villages alentours. Même parmi ses amis, dont certains le qualifient de "musulman en carton" quand d'autres l'appellent "le petit Français radicalisé". Ce mardi 5 novembre 2019, à la barre, il se présente en tenue occidentale, mais ne cache pas ses convictions religieuses.

"Notre but est d'éveiller les consciences car la société est en pleine dégénérescence"

Le tribunal l'interpelle sur son aversion pour l'alcool. Il reconnait qu'il est contre et qu'il essaie d'influencer ceux qui en boivent. "J'ai une haine viscérale envers l'alcool, qui fait des ravages", lance-t-il à la barre. Et les tenues féminines trop courtes ? "Je peux manifester mon désaccord, mais toujours dans le respect et sans lui imposer ce qu'elle doit faire", répond-il calmement.
Il explique aussi qu'il est contre les guerres qui ont été menées au Moyen-Orient par l'Occident, qui ont fait "beaucoup de victimes musulmanes pour de simples intérêts économiques". De là à justifier les attentats commis sur le sol français ? "Notre but est d'éveiller les consciences car la société est en pleine dégénérescence", rétorque-t-il, sans non plus fermement condamner les attentats, "les terroristes agissent sous l'effet passionnel, sans la raison. Moi, je suis pour la pédagogie".

"L'Islam dominera le monde, la liberté peut aller en enfer"

C'est l'une des publications qu'il a partagées et il justifie : "la liberté présentée en occident, ce n'est pas une vraie liberté pour l'islam. Il y a une différence entre la liberté contrôlée et l'anarchie. L'islam propose une libertée cadrée".

Dans son historique internet, des vidéos de décapitation, des opérations martyr...

S'il présente un discours relativement modéré au tribunal, les magistrats pointent une dichotomie avec les publications qu'il a likées ou partagées sur Facebook et les recherches internet qu'il a effectuées : on y trouve des vidéos de décapitation, des opérations martyr et la déclaration "celui qui insulte le prophète, il faut le tuer". Il assure qu'il cherchait seulement à se "renseigner et à décrypter le vrai du faux".
Il a aussi liké sur Facebook des organisations terroristes comme les Talibans, Daesh ou encore une autorité religieuse du GIA (groupe islamique armé). Cette fois, il reconnaît que c'était "immature" : "j'étais dans un délire de gamin, je le regrette aujourd'hui, je me sentais pousser des ailes, je voulais me donner de l'importance".

"Ce sont des symboles de l'islam, pas du terrorisme. Ils ont été détournés par les terroristes"

L'autre fait qui lui est reproché, c'est d'avoir publié des photos sur Facebook en présence de drapeaux islamiques tels qu'Al-Qaïda. Des drapeaux retrouvés lors de la perquisition à son domicile. Sa défense ? "Ce sont des symboles de l'islam, pas du terrorisme. Ils ont été détournés par les terroristes". Le tribunal prend alors l'exemple de la croix gammée, qui était un symbole pour d'autres cultures, "notamment chez les hindous", interrompt le prévenu qui a manifestement une connaissance de la spiritualité, toutes religions confondues, assez développée.
"Si on voit une croix gammée affichée sur un blouson par exemple", poursuit le tribunal, "ce sera dur de croire que ce n'est pas une référence au nazisme. C'est pareil pour vous, on a du mal à croire que vous ne saviez pas que c'est une référence au terrorisme".

Un départ en Syrie ?

Dans l'instruction menée par la brigade anti terroriste, il ressort que plusieurs personnes de son entourage craignaient de le voir partir en Syrie pour faire le djihad. Il s'en défend : "je n'ai jamais voulu y aller, certains ont été illusionnés mais c'est une supercherie évidente. Pour moi, la seule chose qui peut faire changer le monde, c'est la spiritualité, pas la violence".

Une expertise psychologique favorable, pas le rapport du bureau de lutte anti terroriste

Au moment d'évoquer la personnalité du prévenu, il convient de préciser qu'il n'a aucune mention au casier judicaire et qu'il a un emploi stable en usine dans la plasturgie. L'expertise psychiatrique révèle "l'absence de caractère violent et brutal dans sa psychologie" et estime qu'il "ne semble pas capable de passer à l'acte pour une entreprise terroriste". Aucune altération du discernement ni aucun signe de maladie mentale ne sont signalés et s'il a "un caractère influençable", il n'a pas non plus "un profil sectaire ou discriminant". Il a d'ailleurs affirmé à plusieurs reprises avoir des amis non musulmans.
Le bureau de lutte anti terroriste le juge cependant comme un profil radicalisé (il est d'ailleurs fiché S), un profil "épousant les idées et les convictions idéologiques de groupes terroristes comme Daesh, mais pas comme un combattant, plutôt comme un porteur d'eau". Actuellement sous contrôle judiciaire, il doit pointer chaque semaine à la gendarmerie de Monistrol-sur-Loire et a l'interdiction de quitter le département.

Liker sur Facebook "permet d'accroître l'audience et contribue à propager l'idée"

À l'heure des réquisitions, le procureur de la République du Puy Nicolas Rigot-Muller a affirmé que "la publicité d'un acte terroriste est caractérisée", expliquant que l'action de liker sur Facebook "permet d'accroître l'audience et contribue à propager l'idée". Selon le Ministère Public, le prévenu "commente sous un jour favorable l'action de Daesh" et il "dépasse très largement le cadre de la liberté d'expression". Une peine de trois ans d'emprisonnement, dont deux avec sursis, a été requise.

On ne lui "reproche pas des propos, mais des likes"

Maître Diez, assurant la défense du jeune homme, a assuré qu'il n'y a "que deux infractions, le reste n'étant que du contexte", rappelant qu'on ne lui "reproche pas des propos, mais des likes (ndlr : et des photos)". Elle interroge le tribunal : "le like est-il une incitation à partager l'opinion ? Se présenter avec un drapeau, est-ce une apologie du terrorisme ?". S'appuyant sur une expertise psychologique plutôt favorable à son client, un casier judiciaire vierge et un emploi stable, elle a demandé une peine plus modérée que celle requise par le Parquet.

Maxime Pitavy et Stéphanie Marin




 
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