Société

Brioude : 550 000 euros de fonds publics sur un lycée privé

Alors qu'à la rentrée 2011, l'institution catholique Saint-Julien investissait les locaux de la Visitation pour ouvrir un bac pro hôtellerie-restauration, près de 550 000 euros y ont été investis depuis par la mairie de Brioude. Comment justifier un tel investissement de fonds public sur un lycée privé ?
Un investissement de plus d'un demi-million d'euros, c'en est trop pour les défenseurs de l'école publique. L'association La Libre Pensée de Haute-Loire s'est indignée d'un tel investissement d'argent public pour un lycée privé, quand on sait par ailleurs que l'enseignement public sur le secteur du brivadois est en difficulté. Zoom a mené l'enquête.



Reprendre le flambeau
Suite à la fermeture de la formation en hôtellerie-restauration de la Chaise-Dieu, en 2005, l'institution catholique Saint-Julien a souhaité reprendre le flambeau à Brioude. Elle a déposé son projet qui a été accepté par le rectorat. Elle s'est ensuite tournée vers la municipalité de Brioude pour pouvoir utiliser ses locaux de la Visitation.
La Visitation est un ancien couvent racheté aux soeurs par la mairie de Brioude dans la fin des années 70. D'abord réhabilité avec des chambres pour en faire un centre de vacances, le projet s'est effondré et le bilan était déposé en 1998. L'hôpital de Brioude en a ensuite utlisé une partie pendant quelques années mais depuis 2005, les locaux étaient inoccupés. Les travaux dataient de 1980 et pour pouvoir à nouveau louer le bâtiment, la ville devait accepter de nouveaux investissements pour la mise en conformité de ce dernier.



Des réticences pour la Région, pas pour la mairie de Brioude
A la rentrée 2011, la section était ouverte et inaugurée en présence du recteur de l'époque et d'Arlette Arnaud-Landau pour la Région. Cette dernière se souvient avoir eu "quelques scrupules au moment de l'inauguration car nous n'avons fait aucun investissement dans le privé depuis 2004. Pas un euro n'a été mis par la Région sur ce projet". De plus, elle reconnait être "favorable à l'enseignement public. Il y a du travail en hôtellerie-restauration et on finance cette filière dans de nombreux lycées auvergnats, mais des lycées publics".
Si la Région n'a pas mis un euro sur le projet, la municipalité de Brioude a mis la main à la poche : dès le départ, 377 000 euros ont été investis sans sourciller, puis 80 000 euros pour la rénovation d'une salle polyvalente. En mai dernier, le conseil municipal a voté une nouvelle rénovation de l'internat pour 90 000 euros. En tout, 547 000 euros ont donc été investis sur ce projet par la municipalité en moins de deux ans.



Une opération financière blanche
Face à de telles sommes, on peut comprender l'agacement de Paulette Malartre, secrétaire départementale de l'association La Libre Pensée de Haute-Loire. Cette dernière déplore : "ça commence à faire beaucoup d'argent public pour loger un lycée privé, surtout quand on connaît la situation de l'enseignement public dans le brivadois, avec la fermeture de la SEP du Lycée Public Lafayette, la fermeture du lycée Claude Favard de Sainte-Florine ou encore les 23 postes d'enseignants fermés en quatre ans à l'EREA de Brioude".
A défaut de pouvoir joindre le maire de Brioude Jean-Jacques Faucher (qui doit nous rappeler depuis plusieurs jours), la rédaction de Zoomdici s'est adressée au conseiller municipal d'opposition (PS) Jean-Noël Lheritier. S'il confirme les sommes avancées, il assure qu'il s'agit "d'une opération financière blanche pour la commune, sans quoi le projet n'aurait pu être validé". En effet, l'institution catholique Saint-Julien reverse un loyer de 35 000 euros par an pendant 25 ans (durée du bail), ce qui fait à terme 875 000 euros, soit plus que la somme investie par la municipalité. Pour autant, Brioude n'entend pas réaliser de bénéfices sur cette opération puisque des travaux sont régulièrement nécessaires pour entretenir la structure.


Concernant le classement des établissements par taux de réussite au baccalauréat en 2012, les lycées privés se taillent la part du lion. C'est le lycée Saint-Jacques de Compostelle, au Puy, qui remporte la palme avec 96,4% d'admis. Il est suivi du lycée Notre-Dame du château à Monistrol-sur-Loire (96,2%)et de Saint-Julien à Brioude (95,7%).

"C'est à l'enseignement public de s'adapter, d'innover, d'évoluer"
Concernant l'attribution de fonds publics pour un lycée privé, le conseiller municipal d'opposition est moins en phase : "d'un point de vue éthique, c'est un peu limite, même s'il n'y a pas eu d'opposition frontale à ce sujet en conseil municipal. L'institution Saint-Julien n'aurait jamais eu les fonds nécessaires sur cette opération et il ne s'agit en aucun cas d'une subvention, mais plutôt d'un prêt".
Mais ce bâtiment aurait-il pu trouver une autre vocation et n'y a-t-il pas un risque de léser l'enseignement pubic ? "C'est sûr qu'on aurait préféré que la Visitation soit utilisée à une fin davantage sociale, comme l'accueil des personnes âgées mais ce projet avait l'aval du Rectorat et le bâtiment était inoccupé depuis 2005", admet-il avant d'ajouter : "après il y a certes un risque de léser l'enseignement public mais c'est aussi à lui de s'adapter, d'innover, d'évoluer".



"Au coeur d'une démarche qui correspond aux besoins du territoire"
Le directeur de l'enseignement diocésain Jean-Paul Laval, qui gère en Haute-Loire 62 écoles, 18 collèges, cinq lycées et deux établissements d'enseignement agricole, balaie d'un revers de main la polémique : "on fonctione toujours de la sorte : le propriétaire rénove les locaux si nécessaire et nous on y met le matériel, l'équipement et on verse un loyer qui couvre les dépenses engagées".
Pour lui, la création de cette formation est une aubaine pour le secteur : "cette formation couvre un large secteur qu'on appelle le Y renversé et qui relie Issoire à Langeac et à Saint-Flour. Il y avait un réel besoin sur ce territoire alors qu'il y a un appareillage hôtellier à développer, tout comme le tourisme de proximité. Je pense qu'on est sur une zone où le tourisme a de l'avenir et qu'on est au coeur d'une démarche qui correspond aux besoins du territoire".



Depuis que l'institution catholique Saint-Julien a investi les locaux de la Visitation, un restaurant d'application est ouvert au grand public les lundi, mardi et jeudi. L'occasion de tester les plats, et le service, des jeunes pousses à moindre prix, comme c'est aussi le cas au lycée Jean Monnet du Puy-en-Velay.

Une formation qui a le vent en poupe
Jean-Luc Vachelard, le directeur de l'institution catholique Saint-Julien, qui regroupe au travers de ses différents établissements près de 540 élèves, corrobore ce discours : "c'est une formation qui marche très bien, on attend 65 élèves à la rentrée prochaine puisqu'on proposera la formation en seconde, première et terminale. Nous sommes au complet et on a même été contraint de refuser des élèves". Notons que l'INFA est également en sous-location à la Visitation, ce qui permet de proposer à la fois des formations initiales et continues au sein du bâtiment.
Enfin, Jean-Luc Vachelard précise que l'internat ne va pas être rénové de fond en comble : "on a eu quelques problèmes avec le plafond qui menaçait de s'effondrer et dix des soixante chambes n'ont pas pu être mises en service à la rentrée 2011. Le conseil municipal de Brioude a simplement décidé de les mettre en conformité pour respecter son engagement initial". Si les fonds engagés ne sont qu'à la charge de la ville de Brioude, l'institution Saint-Julien se charge de financer l'équipement : 400 000 euros ont été investis pour la formation hôtellière, avec treize postes de cuisine, une salle de restaurant et une salle de classe.


Maxime Pitavy

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  • m - le 19 juillet 2012 - 18h29 Signaler un abus
    pourvu que l'argent public soit dépenser pour que nos enfants de la haute loire et qu'ils puissent apprendre avec du matériel de qualité et avec des cours de qualité. je suis d'accord stop à la guerre privé/public l'essentiel pour une fois il ne sera pas gaspiller

  • b - le 19 juillet 2012 - 17h44 Signaler un abus
    honteux!l'argent du contribuable n'a pas à aller dans un établissement privé (quel qu'il soit) il y a un différence entre public et privé!ce n'est pas le privé mais le public qu'il faut aider et il y a de quoi faire!

  • t - le 19 juillet 2012 - 13h23 Signaler un abus
    Pourquoi n'est il pas précisé que Mr Jean Luc Vachelard est aussi 2 ème Adjoint au Maire de Brioude en charge des finances ... Bizarre non ?

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