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Brahim Naït Balk veut briser le tabou de l'homosexualité

Date : 02/02/2019 | Mise à jour : 26/03/2019 07:13
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Témoigner, libérer la parole et faire tomber les a priori, c'est l'objectif de Brahim Naït Balk, un auteur ligérien.

D'emblée, le ton est sobre, la voix parfois hésitante les premières minutes. Brahim Naït Balk, d'origine marocaine et natif de St Etienne, est venu raconter son histoire de jeune maghrébin homosexuel à la mission locale d'Yssingeaux. Face à lui et au micro d'une équipe de France Inter venue l'interviewer dans le cadre de l'émission "Interception" ce vendredi 1er février 2019, une dizaine de jeunes inscrits dans le dispositif Garantie Jeunes est venu écouter son témoignage.

En 2009, Brahim Naït Balk a publié un livre "Un homo dans la cité" aux éditions Calmann Levy dans lequel il livre sa descente aux enfers lorsqu'il était jeune à Aulnay-sous-Bois et qu'il subissait les viols perpétrés par quelques caïds dans les caves de la cité. Un épisode traumatisant de sa vie. "Je suis venu témoigner de la difficulté d'être homo aujourd'hui", amorce-t-il en s'adressant à l'auditoire attentif.

"J'ai vécu dans la terreur pendant des années"

L'auteur raconte sa jeunesse à Villars dans la Loire. "Enfant, je me sentais différent des autres. A l'école, je me réfugiais au fond de la classe pour me faire oublier. Je m'inventais aussi des maladies pour ne pas y aller. J'ai vécu longtemps dans le silence. Etant l'aîné d'une famille de sept enfants, je pensais que je devais être exemplaire. Plus tard, j'ai triché en faisant croire que j'étais hétéro. J'ai fait des tentatives de suicide. Je peux dire que j'ai vécu dans la terreur pendant des années," raconte t-il.

D'une voix plus grave, il revient sur les violences répétées qu'il a subies, entraîné dans les caves par des jeunes de la cité, "eux-mêmes de confession musulmane", précise-t-il.  "En fait, ces mecs-là vivent une vraie misère sexuelle. Ils sont eux-mêmes homosexuels mais ils ne savent pas rencontrer les gens normalement. Ils refoulent leur orientation et recherchent le plaisir parfois bestial."

Un livre pour exorciser le mal

"J'ai attendu que mes frères et soeurs aient fini leurs études pour prendre mon envol et partir de la cité. Et j'ai trouvé un travail d'éducateur sportif dans une association. Il fallait que je m'en sorte", avoue Brahim. "Quant à mon livre, il m'a permis d'exorciser tout le mal que l'on m'a fait. Il a eu une fonction thérapeuthique. C'était un message aussi à ma famille qui a découvert l'histoire de mes agressions en le lisant", complète l'auteur aujourd'hui âgé de 55 ans.

L'homosexualité toujours tabou

"Chez nous, le poids de la culture, de la religion est très fort. De nos jours, l'homosexualité reste encore tabou. Les gens, au départ, ne sont pas forcément homophobes. Ils ont entendu des choses. Parfois les gens te traitent de pédé comme ils te traitent d'arabe ou de black", confie-t-il. "Ma mère a fini par accepter mon homosexualité. Mon père, lui était plutôt discret et pudique. Il comprenait certaines choses. Dans les clans des berbères les hommes parfois, ne pouvant approcher les femmes, se voient entre eux. J'aurais dû lui en parler avant, il était plus tolérant. J'aurais eu une meilleure vie," regrette Brahim.

L'auteur sillonne depuis quelques années les établissements scolaires et les missions locales pour apporter son témoignage. "Mon travail aujourd'hui, c'est d'échanger avec des jeunes comme vous, de libérer la parole. Et vous, vous en pensez quoi ?", questionne-t-il en désignant les jeunes à la fin de son histoire. Un garçon se lance : "je connais des gens qui pensent qu'être homosexuel c'est pas normal, que c'est une maladie". "Ici, en Haute-Loire, y a pas de lieux où les homos peuvent se retrouver comme dans les grandes villes. C'est moins visible", constate un autre. Une fille observe : "on peut avoir des amis homos sans le savoir". Sa voisine ajoute : "C'est vrai. Il y a des garçons qui paraissent efféminés et qui ne sont pas gays et d'autres qui ont l'air viril et qui le sont, ça ne veut rien dire."

L'émission avec les jeunes bientôt diffusée

Brahim Naït Balk est éducateur sportif en région parisienne, il entraîne l'équipe le Paris Foot Gay. Il est aussi animateur de radio dans l'émission "Homomicro" sur Paris Fréquence Plurielle. Il a en projet un second livre, qui sera constitué d'entretiens issus de ses échanges avec des personnes de confession musulmane, "pour aller plus loin dans la lutte contre l'homophobie", précise-t-il. A la fin de la discussion, l'auteur a dédicacé son livre en faisant figurer tous les prénoms des jeunes présents. L'émission "Interception" sera diffusée dimanche 17 février 2019 de 9h10 à 10h sur France Inter.

M-A.B.


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img_journalisteAL le 4 février 2019 - 12h52
C'est un beau combat et un témoignage poignant. Une vie qui avait un peu mal commencée et qui s'épanouit et trouve un sens dans l'épreuve. Un éloge de la tolérance qui doit infuser dans la culture musulmane de toute urgence.

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img_journalisteM le 3 février 2019 - 18h36
Dommage que le projet du second livre de Mr B. Naït Balk ne soit que "constitué d'entretiens issus de ses échanges avec des personnes de confession musulmane" : pourquoi écarter les personnes d' autres confessions ? La réponse lui appartient mais c'est regrettable car "pour aller plus loin dans la lutte contre l'homophobie" comme il le dit, tout le monde est concerné.

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