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Av. Clément Charbonnier au Puy : quelques mètres de bitume pour un grand nom de l’Histoire

Date : 19/10/2020 | Mise à jour : 16/11/2020 10:49
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Avec ses 130 mètres de longueur, c’est l’une des plus courtes avenues de la cité ponote. Mais s’il faut moins d’une minute pour la traverser, il faudrait une vie pour raconter celle inscrite sur sa plaque de marbre blanc.

Elle ne comporte que des immeubles côté pair, l’autre étant constituée par les grilles du jardin Henri Vinay. Autrefois, cette voie créée en 1788 partait d’une petite place où trône une fontaine du XIX° siècle et s’appelait avenue de Vals. Elle prolongeait alors la rue Vibert et la place du Breuil jusqu’au boulevard Bertrand. Par délibération du 8 février 1889, le conseil municipal du Puy et son maire Louis-Jérôme Verd-Delandine la dénommèrent boulevard Alexandre Clair. Ensuite, le 9 octobre 1946, le conseil municipal renomma la partie entre la place et l’intersection avec la rue Charles Rocher, avenue Clément Charbonnier.

Orphelin de mère à 9 ans

Sur la plaque de cette avenue figure le nom de « Clément Charbonnier, préfet de la Libération ». Mais qui était-il au juste ? Jean-Pierre Clément Charbonnier voit le jour le 1° novembre 1882 à Malrevers. Son père est né en 1852 et exerce la profession de cultivateur. En 1880, ce dernier épouse Françoise Ollier, née en 1856. On apprend sur l’acte de mariage qu’elle est, comme beaucoup de femmes de l’époque, ménagère. Deux filles sont venues agrandir cette famille : Sophie Léontine née en 1884, décédée en 1973, et Marie-Léoncie, née en 1890. Sa mère, Françoise Charbonnier décède en 1891, moins d’un an après la naissance de Marie. Jean-Pierre qui se fera appeler Clément, n’a que 9 ans et ne sera élevé que par son père.

Différence entre avenue et boulevard

Si une voie « arrive » quelque part et se trouve bordée d’arbres, c’est une avenue. Si elle tourne en rond (rappelez-vous nos remparts !), et arborée, c’est un boulevard.

En 1913, il devient juge de paix

Clément est un garçon intelligent, bon élève puisqu’il poursuit ses études au-delà du baccalauréat en faculté de droit à Montpellier. Il y obtient une licence de droit en 1906 alors qu’il n’a que 24 ans. Avec ce diplôme, il va exercer au Puy la profession de clerc d’avoué puis d’avoué au Puy à partir du 11 février 1911 et enfin de juge de paix suppléant en mai 1913. L’ascenseur social fonctionne bien, permettant à un enfant issu d’un milieu rural modeste de s’élever dans la hiérarchie et d’exercer une profession libérale cotée.

Pas de descendant

En 1911, Clément Charbonnier se marie à Pélussin (Loire) avec Claude Liabeuf, issue d’une famille de rentiers stéphanois. Le couple n’aura pas de descendant (il semble certain qu’ils ont eu le malheur de perdre un enfant mort-né). En 1913, il réside au 16 boulevard Alexandre Clair, donc sur la partie qui est devenue plus tard l’avenue qui porte son nom. Sa belle-sœur Marcelle épousera en 1924 un industriel ponot bien connu, Léon Fontanille. Des liens d’amitié très forts se sont tissés entre les deux beaux-frères.


En 1944, lors de la libération du Puy-en-Velay, Clément Charbonnier (au 1er plan, 2ème en partant de la droite) se tient aux côtés d'Eugène Pébellier, Maire du Puy, et de l'évèque Joseph-Marie Martin.

De boulevard à avenue

Le conseil d’administration de la fédération des associations d’anciens combattants émet le vœu que le conseil municipal prenne la décision de donner à une rue ou une place de la Ville le nom de Clément Charbonnier. Le maire propose donc de désigner à cet effet la place située au départ de l’avenue Alexandre Clair (appelée boulevard depuis le 8 février 1889) et que Clément Charbonnier a si souvent traversée pour se rendre chez lui. Après échanges de vues, il est décidé que la place et le tronçon de l’avenue précitée allant jusqu’à la rue Charles Rocher portera le nom d’avenue Clément Charbonnier. Le vocabulaire est souvent question de peu de choses.

Il rejoint la Résistance au sein du mouvement « Combat »

Il effectue son service militaire du 15 novembre 1903 au 18 septembre 1906 au 7ème régiment de Cuirassiers à Lyon. Comme beaucoup d’hommes de sa génération, il est rappelé et mobilisé le 2 août 1914 à 34 ans puis démobilisé seulement le 28 février 1919, 4 mois après la signature de l’armistice de novembre 1918. Conseiller municipal de la commune de Malrevers de 1908 à 1924, il en devient le maire en mai 1925. Il sera conseiller d’arrondissement puis conseiller général (radical-socialiste) de 1925 à 1937. Vingt ans plus tard, en 1939, la France entre de nouveau en conflit. Il choisit alors de rejoindre la Résistance au sein du mouvement « Combat » afin de contrer les nazis et lé régime de Pétain.

Rouage clé de l’oeuvre Jean Moulin

Sa motivation ? Il les tient de ses engagements personnels à la Libre Pensée et au Grand Orient de France. Dans ses activités clandestines au sein de « Combat », il agit sous deux pseudonymes : Rouvres et aussi Mazières. Il est un des artisans de la réunification des différentes composantes de la résistance en Haute Loire dans le cadre des M.U.R. (Mouvements Unis de Résistance). Ces M.U.R. avaient été mis en place par Jean Moulin en 1943 et ils constituèrent pour le Résistance non communiste un grand pas en avant vers la future Libération.

Préfet de la Haute-Loire en 1943

Il faisait partie des cadres clandestins en ayant des responsabilités de vice-président du Comité Départemental de Libération. Ses engagements et ses qualités reconnues lui permettront d’être retenu, le 8 octobre 1943, comme futur Préfet de la Libération du Puy. C’est Henry Ingrand, responsable régional de Combat et des M.U.R. puis Commissaire régional, qui le confirme dans cette nomination de Préfet le 19 août 1944.

Il décède quelques semaines après la capitulation allemande

Clément Charbonnier s’impose malgré des rivalités vivaces et succède à Jean-André Bousquet (nommé par le gouvernement de Vichy) en place depuis décembre 1943 et seulement suspendu. Le contexte politique est difficile en proie à des dossiers brûlants de l’époque comme la pénurie des approvisionnements de première nécessité, le rationnement ou encore l’épuration. C’était un travailleur acharné, de santé fragile, avec des problèmes cardiaques qui ne lui ont permis d’occuper ce poste de Préfet que quelques mois. Car, moins de deux ans après sa nomination, il décède le 25 juin 1945.


Emile Andrieux remet la médaille de la Résistance à titre posthume à Claude Charbonnier.


Préfet de la Libération

Sa veuve Claude recevra des mains d’Emile Andrieux (aucune information n'a été trouvée sur l'histoire d'Emile Andrieux), la médaille de la Résistance à titre posthume. Sur la plaque au Puy indiquant « avenue Clément Charbonnier » figure aussi la mention : «  Préfet de la Libération ». À Malrevers, la commune qui l’a vu naître et dont il a été Maire, deux plaques rappellent aux passants le souvenir de son illustre enfant : une, discrète, sur sa maison natale et une seconde en bonne place sur la façade de la mairie.

Nombre d'éléments d'informations sont issus des lumières de Guy Valhery, arrière-petit neveu de Clément Charbonnier. Il a aussi bien connu Léontine, sa grand-mère maternelle.

H.C.

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img_journalisteMp le 21 octobre 2020 - 16h07
Très instructif et intéressant.

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