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Veine Verte : Un verger pour royaume (OPINION)

Date : 21/12/2018 | Mise à jour : 13/02/2019 06:33
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Au début du 20e siècle, l’Hexagone était encore, loin devant tous les autres pays, le plus merveilleux verger du monde, on y dénombrait par exemple (officiellement) pas moins de 3 600 variétés de pommes !

Aujourd’hui, une toute petite poignée de variétés, toutes d’origine étrangère, dominent le marché français : Golden, Gala, Pink Lady, Melrose, etc. Par le fait d’une géologie à la richesse extraordinaire – c’est l’une des plus diversifiées au monde, et la Haute-Loire en est un parfait exemple – la France s’enorgueillit pourtant d’une multitude de terroirs et de sols, qui chacun a sa vocation et donc ses fruits.

Le souvenir du pré-verger

Il fut un temps où la Haute-Loire, comme le reste de la France, était parsemée de « prés-vergers », des vergers clairsemés qui remplissaient plusieurs fonctions, outre celle de nourrir les hommes. C’était avant le déferlement des machines et le remembrement qui l’a nécessairement accompagné. Il est en effet prouvé depuis beau temps que les animaux de la ferme recherchent l’ombrage et la protection des arbres. Des études ont montré que les vaches donnaient d’autant plus de lait qu’elles avaient à disposition l’ombre d'une frondaison. La poule est également une espèce forestière à l’origine et, entre un pré nu et un bois, choisira toujours le bois – en échange de son ombre bienfaitrice, elle régulera les ravageurs qui s’attaquent aux arbres. Idem pour le cochon. Sans parler de l’apport de nourriture pour ces animaux : les années où les arbres croulaient sous les fruits étaient d’ailleurs dites naguère « de paisson pleine », car les animaux avaient alors de quoi paître en abondance… On distinguait les fruits à couteau des fruits à jus, selon les sols et les variétés. Un vieux pommier du village produit encore de ces pommes à cidre si acides que les enfants de la contrée les ont surnommées les « pommes-diarrhées »… Pomme à cidre ou pomme à couteau, rappelons d'ailleurs que, comme le dit un proverbe anglais, une pomme par jour éloigne le médecin (pourvu que l’on vise bien).

L’arbre bienfaiteur

La vision d’abricotiers, de pêchers ou de vignes abandonnés aux outrages du temps sur un coteau bien exposé des gorges de la Loire ou de la Semène donne une petite idée de ce qu’a pu être la Haute-Loire autrefois, malgré nos terribles frimas, malgré nos printemps qui n’en sont pas. Une des mesures les plus efficaces et les plus symboliques aujourd’hui pour se porter au chevet de l’environnement et du climat est de restaurer tous les vieux vergers et de planter des arbres fruitiers partout où c’est possible. Chaque village altiligérien devrait avoir son verger conservatoire de variétés anciennes, ce qui ne coûterait presque rien, sinon un petit lopin. Outre les services inestimables qu’il rend au climat et à la faune, sauvage ou domestique, et les dizaines de kilos de fruits qu’il prodigue gratuitement, l’arbre est aussi le plus sûr moyen de retenir l’eau dans le sol et d’alimenter les nappes phréatiques, l’eau de pluie suivant les volutes de ses racines.

L'art du planter de noyau

On pourra se tourner vers des pépiniéristes qui proposent des variétés anciennes et locales, ou vers des associations comme Jardins Fruités, à Taulhac, ou encore vers le conservatoire de variétés anciennes d’Aurec-sur-Loire. Une autre solution, gratuite, consiste à planter des noyaux ! Certes, les fruits obtenus ne seront pas identiques à ceux de l’arbre dont ils proviennent, mais ça marche, de nombreux permaculteurs amateurs l’ont prouvé. L’avantage des variétés anciennes et locales est qu’elles sont acclimatées à la région et donc plus résistantes aux maladies, à quoi il faut ajouter qu’elles ont le « cuir » épais et se conservent souvent plus longtemps au cellier. Pour éviter de traiter, on pourra utiliser quelques astuces de jardiniers, planter de l’ail et de la moutarde au pied des arbres pour éviter les maladies cryptogamiques, et de la consoude pour leur donner de la vigueur, ou encore favoriser l’installation des perce-oreilles (qui chasseront les psylles et les pucerons) en installant des petits récipients bourrés de paille dans les ramures.

Les jardiniers disent que les deux meilleurs moments pour planter un arbre, c’était il y a 20 ans… et maintenant. Alors à vos arbres, prêts, plantez ! (et meilleurs vœux pour cette nouvelle année)

Oumpah-Pah

>> Précédemment dans Veine Verte :

Éloge permacole (24 avril 2018)
Requiem pour une poubelle (25 mai 2018)
Ode à nos paysages (28 juin 2018)
Oui-Oui et l'Éolienne magique (19 septembre 2018)
Retour à la case marché (22 octobre 2018)
Le chasseur de serpents (22/11/2018)

 
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