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''Le sexisme est loin d’être mort, c’est un combat au quotidien''

Date : 08/10/2020 | Mise à jour : 09/10/2020 07:55
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Durant la semaine nationale de l’égalité professionnelle, le lycée Anne-Marie Martel au Puy sensibilise ses 380 élèves sur la notion du sexisme. Expo, intervention du CIDFF, cours spécialisés... L’opération « Sexisme ? Pas notre genre ! » révèle que ce fléau de société est encore plus vivant que jamais.

Sur les murs, des chiffres sont placardés en gros format, à côté de pourcentages et de statistiques en tout genre. Le visiteur y apprend par exemple que seulement 2 % des rues en France portent le nom d’une femme, que la pension de retraite moyenne brute pour la femme est de 1 007 euros contre 1 660 euros pour les hommes, ou encore que le temps supplémentaire par jour que les femmes consacrent aux tâches domestiques par rapport aux hommes est de 1h30. D’innombrables informations s’alignent ainsi dans le couloir, exposant le constat affligeant de cette inégalité des plus vivaces encore aujourd’hui.

Petit problème de math

Les enseignants adaptent leurs cours pour l’opération. Le professeur de mathématiques a alors posé ce problème aux élèves. « Aux USA, en quelle année le salaire des femmes égalisera celui des hommes ? » Les données sont les suivantes : En 1980, salaires des hommes 48 369 USD et celui des femmes, 29 098 USD. En 1990, salaire des hommes 46 173 et celui des femmes 33 068. En 2000, salaire des hommes, 48 654 et celui des femmes 35 868. En 2010, salaire des hommes, 49 221 et celui des femmes, 38 097. À vos calculettes ! (indice, la réponse se situe au 22ème siècle).
Pour la France, la réponse est jamais car l’écart ne cesse de se creuser.

« Il n’y a aucun domaine interdit, quel que soit votre sexe »

« Ce qui est inculqué aux élèves pendant cette semaine c'est de leur faire prendre conscience de la liberté à laquelle ils ont tous droit, de la même façon et avec les mêmes conditions, que l’on soit un garçon ou une fille, insiste Marianne Rochette Mouyren, Directrice déléguée au lycée professionnel et technologique privé Anne-Marie Martel. Le message est : « Allez là où vous avez envie. Il n’y a aucun domaine interdit, quel que soit votre sexe ».
Au programme, en plus de l’exposition composée de données chiffrées, des professionnels du CIDFF (Centre d'information sur les droits des femmes et des familles) ont effectué six séances de 1h30 à 90 élèves de première et terminale. « Pour l’ensemble des étudiants, c’est-à-dire 380 effectifs, il y a le visionnage de quatre films emblématiques et des quiz sur le sujet, ajoute la directrice. Les professeurs ont également adapté leurs cours pour qu’ils convergent dans le sens de cette opération ».

La femme rabaissée dans les publicités

Des dizaines de publicité accompagnent les études affichées, des réclames anciennes et actuelles qui démontrent clairement l’énorme travail à faire pour combler ce fossé sociétal aussi absurde que violent. Comme cette annonce de Géant Casino qui, pour la fête des mamans, propose uniquement des produits d’entretien pour la maison. Ou celle de LG Électroménager, présentant un homme devant un frigidaire avec la légende « Un petit pas pour l’homme, un bond pour sa femme ».
Et puis celle-là de l’École de Conduite Française (ECF) de Bouscaren (34), championne toute catégorie sur son côté tendancieux, où l’on voit une jolie jeune femme en jupe courte faire du stop au bord d’une route avec le titre suivant : « Vous pourriez la prendre pour 1 euro par jour ».

« Les filles, aujourd’hui, n’osent plus se mettre en jupe »

« Le sexisme est loin d’être mort, intervient Valérie Mialon, responsable de vie scolaire au lycée Saint-Jacques de Compostelle. C’est un combat au quotidien. On a l’impression qu’on est très évolué sur plein de choses et que les filles ont des libertés acquises sur pléthore de sujets. Mais je constate qu’en France, on régresse plutôt. Je ne suis pas une nostalgique des années 1968 mais les filles, aujourd’hui, n’osent plus se mettre en jupe sous peine de se faire traiter de tous les noms tant par les garçons que par des filles peut-être jalouses. Quand une fille est maltraitée à l’école en raison de sa tenue vestimentaire, c’est arriéré et intolérable ! »



Paroles de « d’jeunes »

Cynthia et Lauraine sont toutes les deux en première Gestion-Administration (GA) au lycée Anne-Marie Martel. Pour elles, « le sexisme, c’est la différence de traitement que l’on fait à une femme et à un homme. C’est un problème car les victimes sont maltraitées pour des raisons sans aucun sens, sur leur choix de vie professionnel, leurs vêtements, leurs attitudes. Pour les filles, si on s’habille avec des jupes, ça va pas. Si on s’habille en mode garçon, ça va pas non plus. La pression est constante. »
À la question de savoir ce qu’elles veulent faire plus tard comme travail : « Moi, policière ! », répond Lauraine. « Et moi, gendarme », dévoile Cynthia.

Certaines cultures ou principes religieux ennemis de la liberté des sexes

Au-delà de ce qui est instruit entre les murs de l’école, Valérie Mialon admet que le problème existe également au sein de la cellule familiale. « L’éducation parentale est primordiale pour se battre contre le sexisme. Mais le contrer peut s’avérer compliqué car des cultures ou des religions s’entrechoquent avec le positionnement de la femme dans la société. Durant cette semaine, on essaie d’apporter un autre éclairage à toutes ces filles et tous ces garçons. Pour certains élèves masculins, la femme doit encore être à la maison, elle doit faire à manger et élever les enfants. Ce mode de pensée est parfois issu de dogmes religieux mais aussi de cultures ancrées depuis longtemps dans nos campagnes. On en est malheureusement encore là en 2020 ».

« Qui que ce soit est libre de choisir ce qu’il veut faire dans sa vie et de sa vie »

Quand on parle du mot sexisme, la majorité pense à un problème au détriment des femmes. Marianne Rochette Mouyren n’est pas d’accord avec cette pensée unilatérale. « Le sexisme, c’est dans les deux sens. Des garçons souffrent du sexisme. On a mis quatre films représentatifs des messages que nous voulons faire passer. L’un d’eux est Billy Elliot, un garçon d’un village minier du Nord-est de l’Angleterre, passionné par la danse dans les années 1980. Un garçon qui souhaite faire de la danse de nos jours reste toujours un phénomène du genre. »

Elle continue : « Trop souvent, je vois des jeunes garçons qui s’excusent de venir dans une section parce qu’ils sont du sexe masculin. L’exemple typique est la classe ASSP (Accompagnement de Services et de Soins à la Personne, Ndlr). Spontanément, on pense que c’est un métier destiné aux filles comme l’informatique l’est aux garçons. Et pourtant qui que ce soit est libre de choisir ce qu’il veut faire dans sa vie et de sa vie sans avoir à subir la pression ou les préjugés d’un autre ».



Nicolas Defay

 
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